Épisode #12
Entreprendre, rebondir, réussir… mais surtout donner du sens
avec Thomas Blake, Co-CEO de PLUO

avec Thomas Blake, Co-CEO de PLUO

Entreprendre, rebondir, réussir… mais surtout donner du sens
Dans cet épisode du WIP Club, Amélie Alleman reçoit Thomas Blake, co-CEO de PLUO, une entreprise belge qui conçoit des stands et aménagements d’espaces avec une approche durable et innovante.
Thomas revient sur son parcours d’entrepreneur : une carrière prometteuse chez AB InBev, l’appel de l’entrepreneuriat, un premier rachat d’entreprise difficile… et les nombreuses remises en question qui ont suivi. Entre apprentissages et rebond, il partage avec beaucoup de sincérité les coulisses d’un chemin entrepreneurial loin d’être linéaire.
Avec son associé, il a ensuite relancé PLUO, aujourd’hui une entreprise de 65 personnes. Ensemble, ils expérimentent une manière différente de faire de l’entreprise : gouvernance plus participative, confiance dans les équipes et volonté de créer un projet collectif qui a du sens.
Dans cette conversation, Thomas parle sans filtre de ce qui pousse à quitter une carrière confortable pour entreprendre, des erreurs qui font grandir, de la réalité des rachats d’entreprise, de l’importance de l’équipe et de la gouvernance.
Un échange authentique sur la vraie vie d’entrepreneur : faite de doutes, de rebonds… et de sens.
🔗 LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/thomas-blake-a5124913/
🔗 Société : https://www.pluo.be/fr/contact
(00:36) Amélie : Aujourd'hui, je suis en compagnie de Thomas Blake de Plutot. Bonjour Thomas.
(00:39) Thomas : Salut Amélie.
(00:40) Amélie : Je suis contente que tu sois là. Merci d'avoir accepté l'invitation. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je propose que tu te présentes ?
(00:49) Thomas : Avec plaisir. Je m'appelle Thomas Blake. Je suis marié avec une femme fantastique, Masha. J'ai trois enfants aussi assez géniaux avec leurs qualités et leurs défauts, mais ça fait une belle vie familiale : Arthur a 9 ans, Mila a 7 ans et Oliver a 5 ans. On sort du tunnel.
Je suis passionné d'entrepreneuriat, de lancer des projets qui réunissent des grands collectifs. J'aime faire du sport, j'aime faire de la musique.
Et je suis co-actionnaire, co-CEO de l'entreprise Plutot, qui fait de l'aménagement d'espaces éphémères (des stands sur les foires et les salons qu'on essaie de faire haut de gamme et réutilisables) et dans les aménagements permanents, principalement dans l'aménagement de pharmacies.
(01:51) Amélie : Alors, revenons au début. Thomas a fait ses études, grandi... C'est arrivé où cette idée d'entreprendre ?
(02:01) Thomas : J'ai la chance d'être né dans une famille d'entrepreneurs. Mon arrière-grand-père a lancé une boîte familiale puis qui a été gérée par mon grand-père, par mon père, et qu'on vient de revendre. C'était une boîte qui s'appelait Derbigum, qui fait des membranes d'étanchéité sur les toits plats.
Je suis né dans un environnement relativement "entreprenant", même s'il n'y avait pas de pression à entreprendre par la suite, on était assez libres de faire ce qu'on voulait faire.
Je crois que depuis assez jeune, j'aime avoir des projets. On a lancé des projets plutôt avec une orientation sociale pendant mes études, puis pendant l'unif. À la fin de l'unif, on a lancé un projet autour du rôle de la finance, comment est-ce qu'elle peut être un soutien à l'économie pendant la crise financière. J'ai été attiré par ce genre de projets d'entrepreneuriat.
J'ai commencé ma carrière chez AB InBev. Une entreprise assez entreprenante qui laisse pas mal de place à la prise d'initiative. Je me suis beaucoup amusé. J'étais en Belgique puis au Mexique. J'ai commencé dans un programme de Trainee, puis j'étais dans les achats, puis j'ai participé à l'acquisition de Grupo Modelo, l'entreprise qui fait la Corona au Mexique. On est partis avec Masha au Mexique, notre premier fils Arthur est né au Mexique.
Là-bas, je m'occupais de l'entité Disruptive Growth. Ils avaient créé une entité qui avait comme mandat de disrupter le core business avant que d'autres ne le fassent. On rachetait des brasseries artisanales en essayant d'intégrer des bières qu'ils n'avaient pas dans leur portefeuille, et on lançait aussi des sites d'e-commerce pour essayer d'innover dans les nouveaux modes de distribution. C'était assez passionnant, aussi intéressant de voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, la complexité d'intégrer des business différents dans un grand paquebot comme ça. Ça reste pas simple parce qu'il y a des challenges d'échelle entre des petites brasseries artisanales et des canaux de distribution gigantesques.
Je m'amusais beaucoup, mais à partir d'un certain moment, j'ai commencé à ressentir l'appel de l'entrepreneuriat de manière assez forte. Lire des livres d'entrepreneurs qui avaient fait des choses qui m'inspiraient, qui avaient mis leur boîte au service d'un projet sociétal un peu plus grand en mettant en place des finalités plutôt sociales, environnementales... Patagonia, ça me parlait beaucoup, le livre d'Yvon Chouinard Let My People Go Surfing m'a bien parlé. Ou des modes de gouvernance qui laissaient une place plus importante au potentiel humain. J'avais envie d'expérimenter ça et c'est ça qui m'a décidé à quitter AB InBev.
(04:46) Amélie : Tu es resté combien de temps là-bas au Mexique ?
(04:48) Thomas : Au Mexique, on est restés 3 ans, un peu plus de 3 ans. C'était incroyable. C'est un pays extraordinaire. J'ai un projet qui reste un projet d'ouvrir un resto mexicain. Je ne sais pas comment ça va se matérialiser, je ne sais pas si c'est un projet ou un rêve, mais c'est clairement un attachement encore très fort à la culture et à l'alimentation mexicaine.
(05:14) Amélie : Et donc tu es revenu en Belgique ?
(05:17) Thomas : Oui, je suis revenu en Belgique. Arthur sous le bras. On a un peu voyagé avec Arthur et Masha autour du monde. Avec l'idée de découvrir différents pays et d'aller voir aussi des entrepreneurs qui avaient mis des projets de gouvernance un peu différents. Ça a commencé à prendre un angle gouvernance et de s'inspirer de projets d'entrepreneuriat qui avaient pu naître de manière différente. On a aussi essayé de se confronter à différentes situations : on a été dans un township en Afrique du Sud, on a été en Israël et en Palestine, on a été en Inde dans un endroit d'agriculture régénérative. C'était aussi de s'ouvrir l'esprit, le cœur à des choses un peu différentes et de vivre ça ensemble, et de sérieusement profiter aussi.
En rentrant, je suis rentré avec cette idée de reprendre une boîte, d'y amener de l'impact. D'abord avec une logique de fonds, mais j'étais sans doute pas très bon pour créer un fonds, surtout sur les questions de rendement financier. Je me suis un peu perdu là-dedans, même si le projet a parlé à certains entrepreneurs. Puis j'ai cherché une boîte pendant tout un temps. Processus compliqué, que j'ai entrepris seul alors que je n'aurais pas dû le faire seul.
Puis je suis tombé sur un associé. On a d'abord repris une boîte d'événementiel ensemble, finalement, à la fin de ce parcours-là.
(06:40) Amélie : Tu dis : "Je suis tombé sur un associé, on a repris une boîte", ça s'est passé comment ?
(06:44) Thomas : Lui cherchait aussi un projet entrepreneurial. On n'est plus associés aujourd'hui. On s'est quittés en bons termes mais on n'avait sans doute pas pris le temps de réfléchir à ce qu'on voulait vraiment, comment est-ce qu'on se complétait et quelles étaient nos aspirations profondes. Donc c'était un bon apprentissage.
J'ai repris cette boîte d'événementiel un peu en bout de recherche et un peu à la fin de mon énergie de cette recherche-là. Rachat qui a finalement été assez compliqué. Quelques mois après la reprise, l'entreprise était dans une situation très compliquée. Sans doute parce que je sentais que c'était ma dernière chance d'entreprendre peut-être. Je n'ai pas posé les questions. Et donc j'y suis allé à fond de balle. J'ai bien structuré le rachat mais j'ai totalement sous-estimé les questions de dynamique d'équipe, de pipe commercial, de trésorerie... Bref, un peu tous les trucs classiques. J'ai racheté pas très cher, par contre la gestion de l'entreprise m'a finalement coûté relativement cher. Bel apprentissage.
Assez vite, je me suis retrouvé co-actionnaire de cette entreprise-là mais 100% dans la gestion. Assez rapidement, je me suis rendu compte que ça n'allait pas le faire avec mon associé. Donc j'ai repris ça seul.
Seul dans un contexte compliqué à me dire : "Mais qu'est-ce que j'ai foutu ? Pourquoi j'ai racheté cette boîte ? Et comment est-ce que je me sors de ce truc ?"
Après quelques mois, je me suis mis à la recherche de partenaires, d'associés qui voudraient me rejoindre parce que je sentais que je n'étais pas dans une dynamique saine et qui me faisait du bien. Je suis tombé sur mon associé Alain, actuel, qui lui aussi cherchait quelqu'un pour reprendre à l'époque Concept Expo, qui s'appelle aujourd'hui Plutot.
On s'est retrouvés sur ce projet-là. Vu que ma boîte d'event faisait aussi du stand, il y avait des synergies potentielles. On s'est dit : "OK, comment est-ce qu'on peut mettre Plutot et Eponyme (qui était ma première entreprise) ensemble et relancer un projet ensemble qui nous enthousiasmait beaucoup ?"
(08:51) Amélie : Ça, c'était quand ?
(08:53) Thomas : J'ai racheté Eponyme en fin 2018. Et on s'est rencontrés, Alain et moi, en mai 2019. Donc juste avant le Covid. On a commencé à discuter du rachat d'une boîte de stand juste avant le Covid ! Et puis après, on a eu deux-trois aventures suite à ça. Finalement, on a finalisé le rachat de Concept Expo (Plutot aujourd'hui) en novembre 2020, donc en plein Covid.
(09:22) Amélie : Et donc l'activité première, c'était vraiment l'event ?
(09:24) Thomas : Ouais. Event et stand.
(09:27) Amélie : Donc je commençais à la relever, et là Covid !
(09:31) Thomas : Je sors de cette dynamique Eponyme qui a été... J'ai quand même eu une période compliquée aussi de remise en question : "OK, pourquoi est-ce que j'ai fait ça ? Pourquoi je me retrouve là-dedans ? J'étais peinard chez AB InBev, j'avais une chouette carrière... Et je me retrouve à racheter une boîte qui était compliquée." Sincèrement, je prends aussi la responsabilité sur moi, ce n'est pas les vendeurs, c'est moi qui n'ai pas posé les bonnes questions à ce moment-là. C'est comme ça, ça devait se faire.
Après quelques mois, on recommence à retrouver des clients, la dynamique commence à être bonne, il y a la perspective d'une combinaison avec Plutot... Et puis il y a le Covid. Et donc là, il faut un peu relancer le truc. Heureusement, la perspective de Plutot m'enthousiasmait beaucoup. Ça m'a permis de continuer à avancer. Finalement, avec aussi l'aide de différents partenaires, de closer le rachat de Plutot en novembre 2020.
(10:36) Amélie : Et donc maintenant vous êtes deux associés ?
(10:37) Thomas : On est deux associés. Il y a un fonds, Investsud, qui est rentré dans notre capital après quelques mois, qui a 25% de l'entreprise.
(10:46) Amélie : Et vous vous répartissez comment ?
(10:48) Thomas : Au début, on faisait tout ensemble. On est co-CEO. On a passé pas mal de temps, suite à nos aventures respectives — Alain aussi avait eu une première expérience d'association qui n'était pas tout à fait fructueuse — à se poser des questions avant de se lancer : "Qu'est-ce qu'on veut ? C'est quoi nos aspirations ? Est-ce qu'on veut croître ? C'est quoi notre rapport à la croissance ? Qu'est-ce qui est la réussite pour nous ?" On a passé pas mal de temps à réfléchir à comment on veut travailler et qu'est-ce qu'on veut réaliser ensemble.
Un des apprentissages qu'on avait, c'était qu'on voulait, à choisir, plutôt faire trop de choses ensemble que pas assez. Que le risque de chacun avoir son pré carré, c'était un risque qu'on trouvait trop important. On a commencé par faire plutôt peu de choses stratégiques mais de les faire ensemble. Et donc d'être quasi tout le temps à deux. Ça a en fait été très vite indispensable parce qu'avec le Covid, il fallait prendre beaucoup de décisions compliquées, à deux et souvent. On n'avait pas trop le droit à l'erreur. On a passé beaucoup de temps ensemble à utiliser nos deux intelligences pour essayer de prendre les meilleures décisions possibles pendant ce contexte-là.
Après deux-trois ans, on a commencé à un peu plus se répartir les rôles. Aujourd'hui on est plutôt dans cette dynamique-là, aussi parce que le business va mieux, la boîte commence à bien évoluer. Alain est plutôt sur les aspects RH, opérations, finances. Et je suis plutôt sur les aspects ventes, marketing. Et puis on se répartit aussi chacun une business unit vu qu'on a deux métiers principaux : le stand et la pharmacie. Je m'occupe plus du stand et Alain s'occupe plus de tout ce qui est pharmacie.
(12:33) Amélie : L'événementiel, ça vous ne faites plus ?
(12:34) Thomas : Evénementiel, on ne fait plus. On a arrêté l'activité d'Eponyme. Ce chapitre-là est terminé et c'est chouette de pouvoir aussi passer à autre chose.
(12:44) Amélie : Et donc aujourd'hui, vous êtes combien ?
(12:46) Thomas : Aujourd'hui, on est 65 personnes. À Wavre.
Ce qui est assez amusant chez Plutot, c'est qu'on a beaucoup de personnes avec beaucoup de talents. Et beaucoup de talents très concrets. On a des architectes d'intérieur qui vont dessiner le projet des clients. On a des chefs de projet qui sont souvent des architectes, donc ils ont une très bonne connaissance en bâtiment, ils bricolent, ils savent faire pas mal de choses. Nos commerciaux sont aussi avec beaucoup de casquettes parce qu'ils doivent être capables de suivre les projets de A à Z. On a des menuisiers. On a des dessinateurs en 3D qui vont d'abord réaliser tout le mobilier en différentes dimensions pour pouvoir programmer nos machines. On a des logisticiens, on a des monteurs qui font tous les montages sur les magasins ou sur les foires et les salons. C'est assez gai, ça amène une vraie complexité, mais c'est aussi extrêmement amusant d'avoir tous ces talents en interne qui nous permettent de faire beaucoup de choses avec pas mal de flexibilité, de réactivité et d'avoir un impact très concret dans nos activités.
(13:53) Amélie : Ben une boîte n'est jamais linéaire dans sa croissance, hein. Tu dirais que vous êtes arrivés comment où vous en êtes aujourd'hui les 3-4 dernières années ? Ça s'est passé comment au niveau de la croissance ?
(14:04) Thomas : On est dans un métier de projet déjà, donc chaque année il faut remettre le métier à l'ouvrage. C'est pas parce qu'une année était bonne que la suivante sera bonne. C'est des métiers qui nous obligent à nous réinventer, à rester dynamiques.
En stand, il y a quand même pas mal de répétitions. Des clients qui reviennent sur le même salon chaque année. Donc là, ça nous permet quand même d'avoir de la prévisibilité.
Dans tout ce qui est pharmacie, aménagement, ça c'est vraiment... on doit retrouver des nouveaux projets chaque année. Donc il y a tout un enjeu d'acquisition, de notoriété, d'être pertinent par rapport à nos clients. Je te parlais de nos défis de communication là-dessus, mais c'est un de nos enjeux.
Donc c'est vrai que chaque année a ses défis.
Pour le stand, pour quelqu'un qui n'est pas du tout dans le métier, ça se passe comment ? Vous créez des stands qui ont une durée de vie de quelques jours pour un salon et puis vous les démontez et c'est fini ?
(14:59) Thomas : Ce qu'on va faire, c'est que... En général, les clients viennent chez nous avec un briefing, une charte graphique. Ils disent : "J'ai 20, 30, 50, 1000 m² sur tel salon. J'aimerais vivre ça sur mon stand et créer cet environnement. Comment est-ce que vous pouvez m'aider avec ça ?"
(15:13) Amélie : Et chaque exposant va chez son Plutot demander son... C'est pas un Plutot qui fait tout le salon ?
(15:26) Thomas : Alors, tu as des organisations comme Easyfairs, qui est une magnifique réussite belge, qui est l'organisatrice du salon. L'organisateur du salon, il va te vendre la surface du salon. Et il peut aussi te vendre un stand standard. Donc ça, il y a en général un fabricant qui va faire tout ce qui est stand standard où tu as très peu de possibilités de customisation. Mais pour les petites boîtes, c'est souvent ça qu'on prend, ça coûte moins cher, c'est dans le package : j'ai droit à une table, deux chaises, différents murs et je prends ça.
Ensuite, tu as des clients qui ont un espace plus important et qui veulent faire quelque chose vraiment sur mesure. Là, l'organisateur du salon, ce n'est pas vraiment son métier. Lui veut plutôt vendre des mètres carrés aux exposants et des entrées aux personnes qui vont rentrer. Donc là, ils font appel à des gens comme nous. Et là, oui, il n'y a pas de lien contractuel, tout exposant peut choisir le standiste qu'il veut. Et donc ils viennent à ce moment-là nous contacter, ils nous disent : "J'ai cet espace-là, je veux qu'il se passe ça, est-ce que tu peux me faire une proposition ?"
Et donc là nous on dessine...
(16:23) Amélie : C'est une expérience. Tu crées vraiment l'expérience de...
(16:26) Thomas : Tout à fait. On crée une expérience pour nos clients. On va créer un dessin en 2D, en 3D où dans lequel il pourra se projeter. On va lui remettre un budget. Puis après on adapte ça, on signe et puis après nous on va faire toute l'exécution du projet.
(16:40) Amélie : Il y a quand même un côté très créa du coup dans...
(16:42) Thomas : Hyper créa. C'est vraiment la combinaison de la créativité et du budget qui vont faire qu'on remporte les projets. Et puis la manière dont on fait les choses : on a fait des choix. Avant on employait beaucoup de menuiserie sur nos stands, de la ferronnerie, de la menuiserie. Je parle d'il y a 10-15 ans. Quand on finissait un stand, il y avait des déchets, des choses qu'on ne pouvait pas réemployer.
Nous, on a fait le choix maintenant très clair de faire des stands haut de gamme mais dont toute la structure est réutilisable. On a des cadres en aluminium qu'on assemble un peu comme un grand Lego, qui vont servir de structure et qui nous permettent de réaliser différents types d'espaces. Notre magie, on essaie que ce soit notre magie, c'est de combiner toutes ces structures mais quand même de faire des choses assez spectaculaires qui surprennent nos clients. Et après, notre manière de faire les choses, c'est de tout réutiliser, de stocker chez nous et puis après de pouvoir les réutiliser lors de stands suivants. Ce qui permet de limiter notre impact environnemental, de limiter les déchets et en plus qui répond à une demande de nos clients.
(17:41) Amélie : C'est dans votre ADN ?
(17:43) Thomas : Ouais, je crois.
(17:45) Amélie : Les clients viennent vers vous pour ça ?
(17:47) Thomas : De plus en plus, ouais. De plus en plus. Ça reste quand même... l'enjeu premier reste que la marque soit mise en avant. Être sur un salon, c'est l'idée de créer du lien avec tes clients, d'en trouver des nouveaux. Il faut que tu sortes du lot. Mais si on peut leur permettre de sortir du lot en faisant les choses aussi bien que possible, là on remarque que c'est un angle différenciant.
Tu parlais d'expérience, mais on vient de redéfinir un peu notre raison d'être et c'est de "transformer les idées en expérience". Transformer, c'est tout l'aspect... on peut transformer au niveau du dessin, de la menuiserie. Les idées, c'est partir de l'idée de notre client et comment est-ce qu'on la sublime. Et puis l'expérience, qu'est-ce qu'on vit sur le stand et qu'est-ce que les clients vivent avec nous.
Et ce qui est assez drôle, c'est que cette phrase s'applique bien aussi à notre projet d'entreprise de manière plus générale. Finalement, on a eu une idée Alain et moi de ce à quoi peut servir notre entreprise. Comment est-ce qu'on transforme cette idée-là en grand jeu scout, en expérience, avec toutes les erreurs et les réussites qu'on peut avoir. Je trouve aussi que c'est une chouette... on aimait bien cette phrase parce qu'elle convient tant au projet plus général, à l'aventure collective qu'on vit avec les 65 coéquipiers de chez Plutot, qu'à nos métiers.
(19:01) Amélie : Je comprends mieux pourquoi Marc est dans votre board ! Donc pour la petite anecdote, c'est Marc Vossen qui m'avait référencé à toi après avoir enregistré le podcast. Et puis pour finir, vous êtes devenus clients. C'est vrai que je vois son impact au niveau...
(19:19) Thomas : Ouais ouais, on se retrouve fort sur ces questions d'impact. En tout cas, essayer que ce à quoi on contribue au quotidien puisse servir à quelque chose et qu'en tout cas on s'amuse bien ensemble quoi.
(19:29) Amélie : Tu m'as dit aussi que tu l'avais choisi pour ce principe de gouvernance. C'est quelque chose... enfin tu peux nous expliquer un peu ce qui se passe chez Plutot ?
(19:37) Thomas : C'est tout un chemin cette gouvernance. Clairement, une des raisons pour lesquelles j'ai quitté AB InBev, c'est que... Alors j'ai adoré l'école InBev, mais c'est un management assez top down, il y a des rapports hiérarchiques assez clairs, assez corpo. J'ai commencé à lire des livres sur des boîtes qui avaient fait des choses différemment. On en est très loin, mais il y a l'idée d'amener plus de confiance, plus de responsabilités, de créer un contexte qui permette aux personnes de libérer leur potentiel de grandir, d'évoluer. Et en fait de repartir du boulot dans l'idéal avec plus d'énergie qu'en arrivant. Si on arrive à faire ça, ça permet de décupler potentiellement notre impact et que chacun aussi, en arrivant à la maison, puisse être des meilleurs pères, des meilleures mères, des meilleurs citoyens. C'est un peu ce qui, l'idée de départ qui nous drive.
Et à partir de là, pour arriver à ce résultat-là, on expérimente pas mal de trucs, on se fait aussi accompagner. Avec des belles réussites, aussi clairement des choses qu'on a fait évoluer au fil du temps et qu'on continue à faire évoluer.
(20:43) Amélie : Tu as un exemple ?
(20:44) Thomas : C'est Alain qui a lancé l'initiative de mettre en place cette gouvernance même avant que j'arrive dans la boîte. Ce qu'il a commencé à faire, c'est éliminer tous les niveaux intermédiaires de management et laisser des équipes élire leur propre manager. Donc on a des mécanismes d'élection sans candidats. Les équipes ont d'abord été formées, donc ça s'est pas fait du jour au lendemain, ça a été progressif. Elles ont d'abord appris à comment gérer des réunions avec un certain cadre. Et puis après il y a un mécanisme d'élection sans candidat qui a permis d'élire au sein des équipes les managers des équipes qui eux-mêmes ont été représentés au comité de direction.
Ça, c'est quelque chose dont on a gardé l'essence en tout cas. Donc on continue à avoir des ouvriers, des logisticiens, des menuisiers, des personnes de vente... Et donc un comité de direction représentatif qui permette à toutes les voix d'être représentées dans l'entreprise. Ça, c'est quelque chose qui existe encore, qu'on a fait évoluer aussi pour prendre plus en compte les contraintes du business, mais c'est un exemple concret.
On a des mécaniques de réunion aussi où on est formés... la moitié de l'entreprise plus ou moins est formée à animer des réunions, donc à donner la parole selon des principes de sociocratie. On commence toutes nos réunions importantes par 30 secondes d'ancrage, donc on se tait, on ferme les yeux.
(22:04) Amélie : J'ai vu que tu faisais un petit exercice. Je t'ai pas laissé longtemps, je m'excuse !
(22:09) Thomas : Non non, pas de souci ! Moi ça m'aide beaucoup en tout cas quand j'arrive dans une réunion de juste prendre 10 secondes pour me dire : "OK, là maintenant ce qui était là avant, je le mets de côté et je me mets vraiment dans le moment."
Puis on fait un tour de météo : comment tout le monde va. De nouveau, et là l'idée c'est pas... dans l'idéal, c'est juste sentir un peu s'il y a des émotions qui pourraient polluer la réunion par la suite.
Et puis l'animateur donne le cadre, dit à quoi on sert, à quoi est-ce qu'on veut répondre comme question. Quelqu'un amène une proposition, donc c'est très concret aussi, ça amène de l'efficacité : "Ben voilà, on doit décider de ça, je propose ça." Puis après on fait des tours d'abord de clarification : "Est-ce que c'est clair ? OK, est-ce que quelqu'un a des questions ?" On pose des questions, et puis après on bonifie et puis en fonction des situations, on prend des décisions ou pas.
Tout ce processus-là de gouvernance nous permet de, je crois, tenir des réunions plus efficaces, plus inclusives et aussi de donner une voix à chacun. Il y a un process où finalement c'est pas celui qui crie le plus fort qui monopolise la réunion.
(33:20) Amélie : Comment toi tu te drives ? Comment est-ce que je me drive ? Je crois que j'aime beaucoup ce que je fais. En tout cas, j'aime bien la direction que ça prend. Je suis assez convaincu... voilà, je trouve que même ce qu'il y a eu avec Eponyme, puis maintenant comment ça évolue chez Plutot, je trouve ça très chouette d'avoir un métier, un quotidien qui m'emmène dans une direction qui me plaît.
J'ai cette vision, je crois, globale de là où j'ai envie d'aller, ou en tout cas des choses qui m'appellent aujourd'hui. Et je crois que d'avoir le sentiment de chaque jour un petit peu plus aller dans cette direction-là, ben ça me drive.
Je pense que j'ai un drive assez naturel. C'est plutôt moi qui vais amener les nouvelles idées, les nouveaux challenges, les nouveaux trucs. J'aime bien me mettre dans une optique de progression, d'amélioration. Et donc j'essaie aussi d'appliquer ça à moi-même. Le mouvement est quelque chose de plutôt naturel et quelque chose qui me plaît et qui me donne de l'énergie.
(24:39) Amélie : C'est quoi ton ambition aujourd'hui ?
(24:43) Thomas : Mon ambition... C'est marrant, j'ai vu on a fêté les 40 ans de mariage de mes parents il y a pas longtemps. Et on était dans un super chouette endroit avec tous les enfants, les petits-enfants, mes parents qui étaient bien et tout ça. Et je me suis dit que ça, si je pouvais me retrouver dans cette situation-là pour mes 40 ans de mariage avec tous mes enfants autour de moi, ce serait déjà un très bon début.
Je crois, créer le contexte pour prendre soin de notre couple, pour nos 40 ans de mariage, ça je crois que... En tout cas, prendre soin du socle familial, être en forme pour ça, je crois que c'est ma priorité. Même si c'est pas toujours simple, mais ça je crois que c'est mon ambition principale.
Et puis je suis tiraillé souvent sur les questions d'impact, tu vois. Parfois je me dis que je dois avoir de l'impact, parfois je me dis que je suis insignifiant et que donc il ne faut pas que je me prenne trop la tête et pas me mettre trop de pression. Et donc j'oscille entre des jours où j'ai des projets professionnels très ambitieux et un peu fous, je me dis que je dois faire plus. Puis d'autres où je me dis qu'en fait la vie est bien comme ça et qu'il faut peut-être se laisser aller. Donc au niveau pro, c'est pas très clair mon ambition, mais je pense que la première ambition donne la juste mesure de la suite.
(26:15) Amélie : Tu cultives comment ton énergie ?
(26:17) Thomas : J'aime bien être en nature. J'aime bien aller courir. Ça c'est...
(26:24) Amélie : Ah oui, on en a parlé l'autre jour, c'est vrai. Tu faisais un marathon, non ?
(26:26) Thomas : Enfin ouais, je fais un trail demain. À Chaumont-Gistoux, il y a un trail du BW. Et donc je vais courir demain avec des amis et avec mon frère.
J'aimerais bien faire le trail de la Côte d'Opale début septembre. Il faut s'inscrire vite.
Donc aller courir en nature, c'est un truc qui me plaît beaucoup, aller en montagne. La nature, c'est quand même un des endroits qui, je crois que c'est assez naturel chez l'humain en fait, mais ça me fait beaucoup de bien.
Puis j'aime bien être entouré, j'aime bien être avec des gens. Je suis plutôt un caractère extraverti donc voir des amis, voir la famille, c'est aussi quelque chose qui me donne de l'énergie.
Être entouré au travail aussi. Je parlais d'Eponyme où je me sentais un peu seul. Être entouré par un associé, par un conseil d'administration ou par des chouettes collaborateurs, c'est quand même quelque chose qui me donne beaucoup d'énergie.
(27:28) Amélie : Eh ben Thomas, merci.
(27:30) Thomas : Merci à toi.
(27:31) Amélie : Est-ce qu'il y a une question que je devais te poser et que je t'ai pas posée ? Ou un sujet dont tu veux parler ?
(27:35) Thomas : Je ne pense pas.
(27:37) Amélie : Tu as un livre, un blog, un podcast à conseiller ?
(27:42) Thomas : Podcast... pas on parlait de nature mais Les Baladeurs. C'est un podcast qui me plaît beaucoup, qui raconte... le titre du podcast c'est "Aventures et mésaventures en pleine nature". C'est des sportifs, des athlètes ou des gens du quotidien qui vont vivre des trucs un peu fous en pleine nature. C'est à chaque fois assez cool de voyager avec eux. C'est un podcast que j'aime beaucoup écouter.
(28:12) Amélie : Donc c'est Aventures et mésaventures en pleine nature ?
(28:14) Thomas : Le podcast c'est Les Baladeurs. Et leur tagline c'est "Aventures et mésaventures en pleine nature".
(28:18) Amélie : OK, ben écoute, je vais écouter ça.
(28:20) Thomas : Ouais, ça je trouve que c'est quelque chose qui, ouais ça me plaît bien.
(28:24) Amélie : Super. Ben écoute, merci beaucoup. Je sais ce que je vais écouter en faisant mon sport demain.
(28:29) Thomas : Trop bien.
(28:30) Amélie : Je te souhaite bonne chance pour ton trail demain du coup.
(28:32) Thomas : Merci.
(28:33) Amélie : Et un grand merci Thomas.
(28:34) Thomas : Salut Amélie.