Épisode #16

Du web à l’impact sociétal : quand entreprendre devient (vraiment) utile

avec Philippe Van Ophem, serial entrepreneur & investor.

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Du web à l’impact sociétal : quand entreprendre devient (vraiment) utile

Pendant 20 ans, Philippe Van Ophem a fait ce que beaucoup cherchent à faire. Créer des boîtes. Les faire grandir. Les revendre. Web, mobile, B2C, millions d’utilisateurs. Le parcours classique du succès entrepreneurial. Et puis il a bifurqué. Pas par lassitude. Pas pour cocher une case. Par lucidité.

Alors il change de terrain. Il passe du web au sociétal. Et là, tout change. Les règles ne sont plus les mêmes. Tu ne peux plus avancer vite sans embarquer le politique. Ton client devient un écosystème entier. Le succès ne dépend plus que de toi. Et surtout, tout est plus lent, plus flou, plus frustrant. Mais aussi beaucoup plus utile.

Avec Impactoo, Philippe s’attaque à un sujet critique : la pénurie de places en crèche. Un problème invisible pour certains, mais bloquant pour des milliers de familles. Et structurant pour toute une économie.

Ce qui frappe dans cet épisode, c’est le contraste. D’un côté, la vitesse et la clarté du monde startup. De l’autre, la complexité et l’inertie du monde public. Et au milieu, un entrepreneur qui refuse de choisir.

L’impact, c’est un autre terrain de jeu. Plus exigeant. Plus lent. Mais infiniment plus profond.

Un épisode pour ceux qui construisent déjà. Et pour ceux qui commencent à se demander s’ils pourraient mettre leur énergie au service de quelque chose de plus utile. Bravo Philippe … et merci !

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La retranscription du podcast, c'est par ici ...

Amélie Alleman: Aujourd'hui je suis en compagnie de Philippe Van Ophem. Philippe, bonjour.

Philippe Van Ophem: Bonjour. Enchanté d'être là.

Amélie Alleman: Je suis super contente de te voir. Parce qu'à chaque fois que je te vois, on passe des super moments. Donc déjà, merci d'avoir accepté l'invitation. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je te laisse te présenter ?

Philippe Van Ophem: Ouais, très bien, merci. Donc mon nom, Philippe. Je suis entrepreneur depuis 25 ans, quasiment. J'ai eu pas mal de startups dans le monde de la tech. Et actuellement, j'ai un peu changé mon fusil d'épaule en 2018. Je suis plus investi dans des startups à vocation sociétale. Et donc la dernière en date, dans laquelle je travaille aujourd'hui, qui s'appelle Impact2, que j'ai fondée avec Daniel Verstraete. Donc on est deux cofondateurs, avec comme objectif de résoudre des problématiques sociétales, mais en mode startup. Et de venir avec des idées de solutions à des problèmes vécus par des citoyens en général. De les tester à petite échelle, de montrer que ça fonctionne, et qu'une fois qu'on a un modèle qui fonctionne bien, de pouvoir le mettre à grande échelle grâce à l'aide du public. Et donc on travaille avec les pouvoirs publics, le politique et les administrations pour que notre solution soit reprise et puisse être mise à grande envergure et résoudre une problématique de base qu'on avait identifiée.

Amélie Alleman: Tu utilises l'agilité pour aller réveiller certains projets à impact quoi.

Philippe Van Ophem: Voilà. Et l'agilité dans le monde public, c'est compliqué.

Amélie Alleman: On va en parler, j'imagine.

Philippe Van Ophem: Et donc, voilà. C'est vraiment très très motivant, très intéressant, mais parfois un peu frustrant parce que les agendas politiques et les agendas d'une startup sont pas les mêmes. Et donc on n'avance pas toujours à la même vitesse.

Amélie Alleman: C'est le grand écart. Tu as été entrepreneur, tu nous racontes un peu ce que tu as fait ?

Philippe Van Ophem: Ouais, tout à fait. Donc mon parcours, au départ, moi je suis ingénieur civil en construction, donc absolument rien à voir avec ce que j'ai fait par après. Ce qui est un message aussi qu'on peut passer aux jeunes, c'est qu'en fait, c'est pas parce qu'on a choisi un type d'étude qu'on peut pas faire autre chose après. Et j'ai commencé dans mes cinq premières années, dans une boîte que personne ne connaissait jusqu'à il y a deux, trois mois, mais que tout le monde connaît aujourd'hui, qui s'appelle Euroclear.

Amélie Alleman: Ah, je connaissais parce que je recrutais pour eux en IT dans une autre vie.

Philippe Van Ophem : Super boîte, franchement super boîte. J'ai travaillé cinq ans et en fait, je les avais rejoints parce qu'ils recrutaient à l'époque beaucoup d'universitaires pour l'IT. Et ils te formaient pendant trois mois. Et moi, quand j'ai fait mes études d'ingénieur en construction, j'ai hésité entre informatique et construction. Et j'avais choisi la construction parce que j'avais suivi des cours des deux côtés et je trouvais que l'ambiance était beaucoup plus sympa. Et au final, je me suis vraiment bien amusé, et c'était super intéressant. Mais après, je me suis dit que comme chez Euroclear, ils recrutent et ils te forment pendant trois mois, c'est le bon canal. Et donc, je suis rentré là et je suis resté cinq ans chez eux. Mais avec une grande envie de créer une boîte. J'avais pas du tout de bagage économique, commercial et autre parce que en ingénieur civil, c'est pas du tout... enfin en tout cas à l'époque, c'était pas du tout à l'ordre du jour. Et donc j'ai fait une licence en gestion financière en parallèle. Et puis, en 2000, j'ai été contacté par deux de mes potes avec qui j'avais fait toutes mes études secondaires, qui avaient créé leur entreprise, qui s'appelait Neosys, dans le web. Et qui m'ont dit "voilà, nous on est dépassés, on a plein de projets. Est-ce que tu veux pas nous rejoindre ?"

Amélie Alleman : L'an 2000, le web.

Philippe Van Ophem : L'an 2000, le web. Et donc, je les ai rejoints. Et c'est là que mon aventure entrepreneuriale a démarré. Alors, j'étais pas fondateur, c'était eux qui l'avaient créée. Mais on a très vite été contactés par une autre entreprise belge qui les a rachetés. Et puis, ça a été en fait pour moi le bon trigger pour me remettre autour de la table avec eux après. Et puis, on a recréé une autre boîte. Et puis une troisième. Et puis une quatrième. Et puis on est parti dans le sociétal.

Amélie Alleman: Tu investis aussi beaucoup ?

Philippe Van Ophem: Et depuis 2017, j'ai pas mal investi effectivement dans plus... enfin pas mal. J'ai investi dans plusieurs startups différentes. Où en général, dans 2 cas sur 3, plutôt je suis dans le board. Et c'est aussi une activité qui est vachement enrichissante. De se retrouver de l'autre côté de la barrière, mais d'être là en fait pour aider parce qu'en fait, en tant qu'entrepreneur, tu comprends bien toutes les problématiques que l'entrepreneur peut vivre. Et non, franchement, c'est très motivant. Une des premières dans lesquelles je suis rentré, c'est Wooclap. Qui a fait un très très beau parcours, et qui fait toujours un très très beau parcours. Et puis, il y en a eu plusieurs autres. Il y a eu des échecs aussi, parce que tout ne fonctionne pas toujours nickel. Mais dans les entreprises que moi j'ai créées, là j'ai jamais eu d'échec heureusement. On a à chaque fois réussi à sortir à un moment, en revendant la boîte et avec des chouettes repreneurs. Et donc voilà.

Amélie Alleman: Sur ton parcours vraiment entrepreneurial, hors sociétal, et comme investisseur. Il y a vraiment des grandes leçons... ma question est très bateau, mais des grandes clés que tu retires un peu quand tu prends du recul ?

Philippe Van Ophem: Alors, première leçon que moi je retire, c'est qu'il ne faut pas hésiter à aller dans un secteur qu'on ne connaît pas. Parce que c'est souvent en venant d'un... en arrivant un peu avec un regard très naïf, qu'on peut être amené à modifier des choses qui fonctionnent par habitude depuis des années, et voilà. Donc, chaque fois que moi j'ai lancé une boîte, c'était toujours sur un sujet dont on n'avait absolument aucune idée. Alors les trois premières, celle dont je parlais tout à l'heure, dans le web, puis la deuxième c'était Eremis, où on a développé des solutions sur PDA. L'ancêtre du smartphone. Et donc en fait, dans chaque boîte, c'était une nouvelle techno. Donc Neosys, c'était le web, parce qu'en 96, quand ils ont créé cette boîte, un Belge sur 2 ne savait pas ce que c'était qu'Internet. En 2002, quand on a créé la suivante, c'était sur le PDA, donc on développait sur les Palm Pilot ou les Pocket PC...

Amélie Alleman: Oui, j'en ai pas eu, mais je vois.

Philippe Van Ophem: Qui étaient des outils...

Amélie Alleman: Ça a pas duré longtemps si ?

Philippe Van Ophem: Oh, quand même. BlackBerry, on a pas développé sur BlackBerry nous, on développait sur Pocket PC, et on avait développé tout un CRM pour les forces de vente dans la distribution. Donc nos clients c'était Nestlé, Danone... des gros acteurs du FMCG. Et puis la troisième, qui s'est appelé MyShopi. Et ben c'était la nouvelle techno qui venait de sortir, c'était l'iPhone 2. Ah. Et voilà. Et donc là, on a pu aller vraiment vers le consommateur final, parce que là c'était...

Amélie Alleman: Donc c'était de l'e-commerce ?

Philippe Van Ophem: C'était pas vraiment de l'e-commerce, c'était une plateforme B2B2C, on va dire. C'est-à-dire que nos clients, en fait, c'étaient des entreprises. Mais c'était un système en fait... au départ tout bête, c'était une liste de courses sur smartphone. Mais dans laquelle on a intégré les coupons digitaux des marques, les folders des enseignes. Et donc tu avais au sein d'une application consumer, en fait, un ensemble de data qui étaient intéressantes pour le consommateur, mais que les entreprises étaient prêtes à payer pour être présentes dans l'application. Et on a eu des millions et des millions d'utilisateurs.

Amélie Alleman: Bravo hein.

Philippe Van Ophem: Donc voilà. Chouette... très très chouette aventure. Et le B2C, c'est très particulier, parce que tu dois te faire connaître du grand public, et tout n'est pas toujours simple. Ouais. Donc, c'est encore d'autres problématiques.

Amélie Alleman: Pourquoi à chaque fois tu revendais ?

Philippe Van Ophem: Alors, on n'a jamais voulu revendre, pour être tout à fait honnête. Moi, dans les deux, donc Eremis et MyShopi, on a revendu chaque fois au moment d'une levée de fonds. Oh. Donc on cherchait des fonds pour faire grandir la boîte. Et à ce moment-là, ben tu as un dossier qui est complètement... enfin, tu as tout ton roadshow qui est fait, avec des dossiers quand même assez détaillés sur le business plan, qu'est-ce qu'on veut faire, la stratégie qu'on a et autre. Et à chaque fois, à ce moment-là, on a eu un acteur qui est venu se présenter en disant "Ah, mais nous, en fait, être minoritaires, ça nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, c'est d'être majoritaires et de reprendre l'entreprise." Ouais. Donc un peu le hasard. On n'a pas été les chercher, c'est eux qui sont venus. Mais moi, en fait, c'est quelque chose qui me correspond bien, en fait. J'aime bien quatre, cinq ans sur une boîte, pour moi c'est suffisant. Je suis... J'adore cette partie création, trouver le produit, trouver le business model, trouver le marketing, comment est-ce qu'on va le faire connaître et tout. Engager mon premier commercial. Moi, je m'occupais plutôt de la vente en général. Engager le premier commercial, c'est très chouette. Le deuxième aussi, mais après quand il y a 5 ou 10 personnes, moi en fait, je suis pas bon là-dedans. C'est pas mon meilleur... c'est pas ma tasse de thé. Et donc, d'être repris à ce moment-là par une boîte plus grosse, qui a ses compétences, qui a ses managers, qui a... et où toi tu peux pendant deux, trois ans encore continuer avec eux, mais vraiment focalisé sur comment on fait du business dev ou autre. Ça, c'est vraiment quelque chose qui me plaît bien. Mais voilà, je suis pas... je suis pas le bon gars pour avoir une boîte de 250 personnes quoi.

Amélie Alleman: Je vois. Et la taille plus ou moins des boîtes, quand tu revendais, c'était quoi ?

Philippe Van Ophem: Alors Eremis on était 35. MyShopi on était une petite vingtaine. Donc voilà, des tailles où tu commences à avoir des soucis plus de gestion de de management d'équipe. Qui est très chouette... qui est très chouette, mais quand ça devient trop gros, moi je trouve que ça prend tellement, tellement de temps. Et c'est plus vraiment l'ADN que tu avais au départ. Et moi je suis convaincu aussi que dans une boîte, il y a des phases, et que tu peux être la bonne personne pendant un certain temps, et puis ne plus être la bonne personne après coup. Et qu'il faut admettre qu'à un moment c'est bien que ce soit quelqu'un d'autre qui reprenne le flambeau, parce qu'il a d'autres compétences que toi tu n'as pas. Et et toi ça te permet d'aller refaire autre chose qui te motive.

Amélie Alleman: Totalement d'accord. Tu as déjà cette casquette en tant qu'entrepreneur. Et... Et puis après, en fait, question de sens, tu t'es dit "maintenant, je vais aller entreprendre dans le social" ?

Philippe Van Ophem: Alors, quand on a revendu MyShopi et qu'on a fait les trois ans d'earn-out avec le repreneur, c'était fin décembre 2016. J'ai... J'étais manger avec Roald, que tu connais certainement.

Amélie Alleman: De connaître sans le connaître. Je connais pas... Je le connais des réseaux.

Philippe Van Ophem: Et Roald m'a dit : "Tiens, est-ce que tu as entendu parler de Be Central ?" Je dis "non, j'ai pas entendu parler de Be Central." "Ah, ben ils font une levée de fonds, c'est un nouveau projet qui démarre et tout." Et j'ai été mangé je crois un mardi et la levée de fonds clôturait le vendredi. Ah ouais ! Donc j'avais quatre jours pour décider. Et puis j'ai eu... J'ai un peu été voir ce qu'ils faisaient. Donc Be Central, c'est un projet incroyable, qui est né à Bruxelles à ce moment-là, en 2018.

Amélie Alleman: Tu peux peut-être t'expliquer pour ceux qui connaissent pas ?

Philippe Van Ophem: Ouais. Donc Be Central, c'est un campus numérique qui a été créé au-dessus de la gare centrale, d'où son nom Be Central. Et dont l'objectif est de réduire la fracture numérique en Belgique. Et donc de permettre à plein de publics différents, de tous âges différents, de pouvoir venir se rattacher au train du numérique. Dans une gare, c'est bien d'avoir un train. Euh, d'une manière ou d'une autre. Et donc, il y a plein d'ASBL qui sont... qui se sont créées là. Il y a BeCode, entre autres, et d'autres... d'autres écoles de codage et autres, mais aussi pour des enfants du primaire, du secondaire et autres.

Amélie Alleman: Dans le secondaire il y avait rien.

Philippe Van Ophem: Et euh... Et donc on... moi j'ai participé à la création de Be Central, on était une trentaine de cofondateurs, mais on n'était pas du tout actifs. Donc on était cofondateurs, plutôt ambassadeurs du projet, mais pas actifs. Et euh, un jour, je me suis dit : "Tiens, mais en fait, je suis à l'aube de recréer une nouvelle boîte, qu'est-ce que je fais ?" J'ai une discussion avec quelqu'un de Be Central qui m'a dit : "Mais tu vas pas de nouveau faire un truc business, fais plutôt un truc sociétal. C'est là qu'on a besoin des entrepreneurs." Et ça m'a... ça m'a titillé dans la tête. Et puis euh, mon associé actuel, qui s'appelle Daniel Verstraete, était également dans une même phase, il venait de rentrer dans Be Central aussi, il avait revendu sa boîte. Et on s'est mis autour de la table, et moi j'avais une envie de créer quelque chose pour les jeunes du secondaire, dans le digital. Parce que moi je voyais mes enfants sortir de l'école avec un bagage numérique vraiment très très faible. Et je me suis dit "Mais si on veut réduire la fracture numérique, en fait, il faut aller là où tout le monde se trouve et où tout le monde passe, c'est l'école." Dans le primaire, je trouve ça très jeune. Secondaire, ça a du sens. Et donc on a lancé une ASBL qui s'appelle Edukit, qui avait comme objectif d'aider les écoles secondaires à intégrer le numérique en classe, et de faire en sorte que les jeunes sortent de l'école avec un bagage numérique autre que TikTok ou Snapchat. Qui peuvent être très très bien aussi, hein, mais il y a moyen de faire autre chose. Et donc on a lancé ça en 2000... l'ASBL est née en 2019, on a été complètement financés par des philanthropes, avec un modèle qui était de dire "En fait, il faut que chaque jeune soit équipé de sa propre machine, un petit ordinateur, pas très cher, mais un petit ordinateur qu'il puisse utiliser à l'école et à la maison. Et surtout, le grand défi, c'est qu'il fallait former les enseignants à l'usage de ce numérique de manière intelligente. Donc, c'est pas utiliser l'ordi pour l'ordi, ça sert à rien, mais quand ça apporte vraiment une plus-value pédagogique dans son cours, que ce soit un cours de maths, d'histoire, d'anglais, de n'importe quoi, qu'on puisse mobiliser la ressource, elle est là parce qu'elle est dans le cartable du jeune, on l'utilise pendant cinq minutes, un quart d'heure, une demi-heure, une heure, dépendant des besoins, et puis on la range, et le cours continue autrement." Et donc on a lancé ça en 2019, avec comme objectif de tester d'abord dans 5 écoles, puis dans 20 écoles, puis dans 50 écoles, puis dans 100 écoles. Et qu'à la fin ce soit repris par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce qui a été le cas. Et donc en 2023, on a pu... ils ont recruté une quarantaine de personnes dans tous les réseaux de l'enseignement pour pouvoir continuer le projet. Et donc en juillet 2023, en fin d'année scolaire, on a clôturé Edukit, et on a pris quelques mois de cool, parce que entre chacune de mes aventures entrepreneuriales, je prends à chaque fois six mois à un an de break complet. Et puis on a inventé, on a créé Impact2 en 2024.

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Amélie Alleman: Et Impact2 ?

Philippe Van Ophem: Alors Impact2, l'objectif d'Impact2, c'est d'un peu reprendre ce modèle d'Edukit, et de trouver des problématiques sociétales. Celle qu'on adresse pour le moment, depuis deux ans et demi, c'est la problématique de la petite enfance. Plus rien à voir avec le digital. Donc le problème des crèches en fait, et des accueillantes, qui aujourd'hui est un problème sociétal vraiment important, qui a des répercussions à tous niveaux. Donc il y a trop peu de places.

Amélie Alleman: En Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Philippe Van Ophem: C'est vraiment dingue. Trop peu de places, et le constat qui est encore plus alarmant, c'est que le nombre de places chute d'année en année. Et donc on a une demande qui est là, une offre qui est là, et une offre qui diminue tout le temps. Ça n'existe pas, en fait, un secteur où l'offre et la demande se rencontrent pas d'une manière ou d'une autre. Sauf quand le secteur ne marche pas. Et donc notre question a été "Pourquoi ne marche-t-il pas ?" Oui. Et donc, on a travaillé pendant une bonne année à voir tous les acteurs, on a fait je crois 200 rencontres différentes. Au départ de manière très naïve, parce qu'en fait on n'y connaissait que dalle, pour être tout à fait honnête. Donc essayez de comprendre pourquoi ce secteur ne fonctionne pas. Et puis une fois qu'on a compris où était la problématique, on a vu que c'était un problème en fait d'allocation de finances publiques. On s'est dit "Tiens, mais comment est-ce qu'on peut, d'une manière ou d'une autre, venir avec une proposition d'allocation de finance qui soit plus performante, et qui permette d'arrêter cette hémorragie, en fait ?" Euh, et donc on a proposé une solution qu'on teste pour le moment dans 4 communes, parce que les pouvoirs communaux sont intégrés dans le modèle aussi. Avec comme objectif de montrer qu'effectivement, avec cette approche-là, on retrouve un équilibre et qu'on permet de sauver toutes ces structures qui pour le moment tombent en faillite les unes derrière les autres, mais aussi de créer un cadre qui permet à de nouvelles structures de se créer. Et donc de recréer une dynamique positive de création de places. Et voilà, on travaille d'un côté avec les communes, mais on travaille aussi principalement avec le cabinet de la ministre de la petite enfance. Et donc avec tous des agendas qui sont pas les mêmes, évidemment, en termes de timing, parce que... une startup, n'avance pas de la même manière qu'un pouvoir public. Mais on espérait avoir fini en décembre 2019... 2025. Et on prolonge de... d'une petite année là, parce que... il y a un contrat de gestion qui doit être signé entre l'ONE et le cabinet de la ministre, qui a pris un peu de retard. Et on voudrait vouloir intégrer notre modèle dans dans ce contrat de gestion. Mais c'est un projet hyper intéressant.

Amélie Alleman: Ouais. Ben et surtout euh, nécessaire, quoi.

Philippe Van Ophem: Et c'est nécessaire, ça, c'est d'une utilité publique.

Amélie Alleman: Je n'en disconviendrais pas ! Écoute, on est dans notre bureau là, et tu verras qu'il y a un lit bébé et une litière qui traînent toujours !

Philippe Van Ophem: Mais oui. C'est une problématique hyper importante pour plein de femmes, hein. Donc, c'est un secteur à 99,9% féminin. Donc, toutes les, c'est que des puéricultrices quasi, les directrices en général, parfois on a un directeur, mais c'est souvent des directrices. Et qui... et surtout, c'est souvent les femmes qui sont pénalisées quand un enfant n'a pas de place en crèche. Et donc, il y a toute une dimension personnelle d'un côté, économique, socio-économique, et puis globale pour toute l'économie du pays en fait. Parce que quand des femmes sont bloquées à la maison parce qu'elles peuvent pas bosser, parce qu'elles ont un enfant à garder, ben c'est toute une problématique importante qui se crée, quoi.

Amélie Alleman: Il y a eu quelques initiatives privées, hein ? Je vois euh...

Philippe Van Ophem: Il y a des initiatives privées, qui ont du sens, et qui sont chouettes, et qui permettent de créer des places. Il y a Wild Crèches, entre autres, qui est un bon modèle aussi. Nous ce qu'on essaie de faire, c'est déjà de sauver ce qui existe en fait, parce que ces initiatives privées sont en train de créer des nouvelles places. Mais en fait, ce que nous on essaie de faire passer comme message auprès des pouvoirs publics, c'est de dire "en fait, aujourd'hui, il y a 10 000 places plus ou moins qui sont à risque. Ben en fait, on peut pas se permettre de les perdre. Donc il faut faire tout ce qu'il faut pour les sauver, et mettre en place quelque chose qui soit économiquement viable aussi pour les pouvoirs publics. Mais qui fasse que ces crèches qui existent, avec du personnel, avec des bâtiments, avec des enfants, et des familles, puissent continuer à vivre sans problème."

Amélie Alleman: Et toi, comment tu fais pour grandir, pour te développer ?

Philippe Van Ophem: Ben, comme j'ai expliqué, on a à chaque fois... avec mes associés, on a à chaque fois lancé des projets dans des secteurs totalement différents, où on connaissait rien au début. Comme je trouve que c'est vraiment la meilleure manière de pouvoir venir avec des solutions innovantes, c'est de ne pas connaître en fait. Et d'essayer de comprendre comment ça fonctionne, et puis de voir si ça pourrait mieux fonctionner. Et donc, autant au début le web, moi j'avais aucune compétence dans le web, même si j'avais développé chez Euroclear, mais pas du tout dans les technologies web. Et puis après ça, on est passé dans le FMCG, sur le PDA, avec les grandes marques de la distribution. Secteur que je connaissais pas du tout, qui est passionnant aussi. Et puis après avec MyShopi, vers le consumer. Comment est-ce qu'on, vers le consommateur, comment on le touche ? Qu'est-ce qu'on, qu'est-ce qu'on met en place ? On s'est rendu compte parfois des fonctionnalités qu'on a implémentées qu'on avait l'impression qui allaient être géniales, il y a personne qui utilisait, et puis des trucs qu'on trouvait complètement débiles qui étaient utilisés à mort. Donc ouais, vraiment des trucs, on découvre beaucoup de choses. Et puis il y a aussi gestion d'entreprise, gestion d'équipe. Comment motiver tout le monde autour d'un projet qui est encore balbutiant. Comment, quand est-ce que tu engages ton premier commercial. Est-ce que la boîte est mûre pour l'engager. Enfin, il y a plein de pleins de petites choses comme ça. Et puis je grandis aussi par ailleurs parce que j'ai pas que le monde de l'entreprise. J'ai ma famille, j'ai 4 enfants, donc ça fait déjà bien grandir aussi. Et j'ai eu, j'ai beaucoup d'activités en dehors. Je chante dans une chorale rock, j'ai été chef d'unité, j'ai, enfin je voilà, je fais des chouettes projets à côté qui me nourrissent aussi.

Amélie Alleman: C'est ça qui te drive en fait, c'est d'apprendre, d'aller euh...

Philippe Van Ophem: Alors, je suis pas un gars qui lit des bouquins pour apprendre. Mais j'ai toujours eu des associés qui adoraient lire.

Amélie Alleman: Et c'est eux qui le font pour toi ?

Philippe Van Ophem: Ils m'expliquent super bien. Ça, c'est génial. Donc, ça, c'est top. Et donc, ça, c'est vraiment pas mon truc en fait, d'aller lire des trucs. Maintenant, les podcasts, ça c'est quelque chose qui me parle. Donc j'écoute quand même régulièrement depuis un certain temps.

Amélie Alleman: Tu en as à conseiller ?

Philippe Van Ophem: Euh, moi j'adore "Les Clés" de Arnaud Ruyssen. Qui sort un podcast tous les jours, sur des sujets d'actualité.

Amélie Alleman: OK. Non. "Les Clés" de...

Philippe Van Ophem: Arnaud Ruyssen. C'est le journaliste. C'est incroyable. C'est super bien fait. C'est 27 minutes. Et il te parle de tous les sujets. On parlait d'Euroclear tout à l'heure, ben tu as toute une série sur Euroclear, et puis tu as toutes les problématiques géopolitiques du moment. Hyper bien fait et moi ça me permet d'avoir une vue quand même analysée sur une problématique, et pas juste voir sur les réseaux sociaux les quatre messages que tu as eus sur la journée. Donc, voilà. Ah, c'est bien. Donc voilà. "Les Clés", j'écoute pas mal.

Amélie Alleman: Y en a d'autres euh ?

Philippe Van Ophem: Pour le moment, c'est principalement cela. J'en ai écouté d'autres, mais je saurais pas te donner les noms.

Amélie Alleman: Tu écoutes pas WIP Club.

Philippe Van Ophem: J'ai écouté WIP Club évidemment, mais... Mais pas... J'avoue que j'ai pas écouté régulièrement.

Amélie Alleman: Et... est-ce que tu as des conseils en fait pour tout entrepreneur débutant ou confirmé, vraiment pour... Des choses, je vais pas te dire des choses à lire vu que c'est pas ton trip, mais... on est tout le temps en fait en phase de questionnements, où on doit tout le temps se positionner, faire des choix, et cetera. Tu...

Philippe Van Ophem: Alors, moi je crois qu'un des conseils importants, c'est de pas hésiter à s'entourer de gens compétents pour des choses qu'on ne maîtrise pas au départ. Mais en profitant de la compétence de ces gens pour acquérir la compétence aussi. Et ne pas hésiter à, de temps en temps, si on a une problématique qu'on ne sait pas comment aborder, d'aller même chercher quelqu'un qu'on paie pour le service qu'il va rendre, parce que souvent ça va coûter au final beaucoup moins cher que tout le temps qu'on aura perdu personnellement à se planter, ou à chercher des trucs qu'on ne trouve pas comme il faut. Donc vraiment, aller chercher du conseil là où il se trouve, ça pour moi c'est quelque chose de hyper important. Avoir un bon board, qui se crée avec le temps, et qui doit aussi évoluer parce que les besoins du début ne sont pas les besoins après un certain temps. Et rester en permanence les oreilles ouvertes, mais en ne gobant pas tout.

Amélie Alleman: Ouais.

Philippe Van Ophem: Donc... Et ne pas hésiter, quand on est en dehors du boulot, je sais pas moi, à l'étranger, pour un voyage, vacances en famille ou quoi, d'avoir de garder l'œil ouvert et de regarder comment les choses se passent ailleurs, c'est parfois très intéressant de se dire "tiens, ils font ça comme ça ici. Pourquoi est-ce qu'on ferait pas ça comme ça chez nous ?" Retrouver ce côté naïf, quand tu abordes un sujet.

Amélie Alleman: Ouais, exactement. Ouais. C'est marrant parce que souvent les investisseurs, c'est une des questions, et quand tu as cette naïveté, ça peut faire très peur.

Philippe Van Ophem: Oui, mais moi j'ai jamais été voir des investisseurs au moment où j'avais encore toute la naïveté, quoi.

Amélie Alleman: C'était après ?

Philippe Van Ophem: C'était des investisseurs plus tard. Maintenant, la naïveté au début, elle aide énormément. Parce que ça te permet d'aller voir plein de gens différents, qui n'ont pas peur de toi parce que tu n'arrives pas avec tes gros sabots. Et ça permet aussi de collecter toute l'info dont tu as besoin pour lancer ton projet. Et puis moi j'ai constaté aussi que pas mal de mes concurrents au départ me prenaient un peu pour un rigolo. Et tant que ton concurrent te prend pour un rigolo, c'est bon.

Amélie Alleman: Ça, c'est mon conseil.

Philippe Van Ophem: Et puis, un jour, il se dit "ah merde, c'était pas un rigolo en fait, mais c'est trop tard." C'était Philippe. Est-ce qu'il y a une question que j'aurais dû te poser ? Enfin, on a passé très peu de temps ensemble, et on aurait pu parler des heures je pense, mais...

Philippe Van Ophem: Non, je vois pas de question en particulier. Enfin, il y aura encore mille questions possibles. Mais... non, peut-être qu'est-ce qui me drive à être entrepreneur ?

Amélie Alleman: Ouais.

Philippe Van Ophem: Moi, je trouve que c'est vraiment une source de motivation et d'énergie qui est... qui est énorme en fait. De... de créer des choses, d'aller vers des trucs qui n'existent pas ou qui n'existaient pas de cette manière-là, et de pouvoir venir avec des propositions.

Amélie Alleman: C'est le côté ingénieur construction, ça.

Philippe Van Ophem: Ouais, sauf que j'ai pas fait beaucoup de construction.

Amélie Alleman: Mais justement, tu l'as fait autrement.

Philippe Van Ophem: Je l'ai fait autrement, oui, non vraiment. En fait, j'ai travaillé quelques mois là-dedans et ça m'a pas du tout plu. Hum. Mais pour des raisons rien à voir avec la construction en tant que telle. C'était plutôt le cadre dans lequel j'étais. Et... et ouais, donc moi ce qui me drive, c'est ça, c'est créer, partir de rien, que la page... totalement blanche. S'entourer d'un, ou deux, ou trois partenaires ou associés, parce que moi je saurais rien faire tout seul. Et j'ai besoin d'avoir des associés. Et puis de construire petit à petit la brique 1, la brique 2, la brique 3. Virer la brique 2 parce qu'en fait au final elle était nulle et qu'il fallait en faire une autre. Et tout modéliser un peu au départ de manière très naïve, et puis voir que, en fait, la réalité te rattrape avec un certain nombre de concepts qui viennent du terrain. Eh ben voilà, de de créer ta solution comme ça, de créer ton équipe comme ça aussi, et puis... puis surtout l'ambiance, je trouve ça génial. L'ambiance dans les startups, la dynamique que ça peut avoir, et la motivation que ça crée, quoi.

Amélie Alleman: Philippe, merci.

Philippe Van Ophem: Mais je te remercie toi de m'avoir invité. C'était super sympa.

Amélie Alleman: Un grand merci. Et à très bientôt.

Philippe Van Ophem: À très bientôt.

Voiceover: Alors, j'espère que vous avez aimé ce podcast. N'hésitez pas à nous liker, nous commenter sur les réseaux sociaux, et à surtout partager le podcast auprès de vos amis. Abonnez-vous, on est disponible sur toutes les grandes plateformes de podcasts. Et ben j'espère, à très bientôt.