Épisode #14
Faire de l’assurance un outil de justice sociale
avec Christophe Degauquier, managing director de DAP.

avec Christophe Degauquier, managing director de DAP.

Faire de l’assurance un outil de justice sociale
Dans cet épisode du WIP Club, Amélie Alleman reçoit Christophe Degauquier, managing director de DAP, un groupe de courtage en assurances avec une vision assez rare dans son secteur : faire de l’assurance un levier d’impact social.
Avant de rejoindre l’entreprise familiale, Christophe a navigué entre engagement associatif, aide aux réfugiés, projets culturels et voyages. Un chemin atypique, nourri par une conviction forte : réduire les inégalités.
En entrant chez DAP, il ne rejoint pas simplement la boîte de son père. Il pose ses conditions. Ouverture du capital aux employés, gouvernance plus participative, et surtout partage de la valeur créée.
Son autre combat, c’est DAP Solidarity : transformer une partie des primes d’assurance en financement récurrent pour des projets associatifs et environnementaux.
Trop business pour certains acteurs du non-marchand, trop engagé pour une partie du monde économique, c’est dans cet entre-deux que Christophe a choisi de se développer.
Un épisode inspirant sur l’entrepreneuriat à impact, l’actionnariat salarié, la place du sens dans la croissance, et la possibilité de faire bouger les lignes dans des secteurs qu’on pense figés.
🔗 LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/christophe-degauquier-dap/
🔗 Société : https://dap.be

Amélie Alleman : Alors aujourd'hui je suis en compagnie de Christophe Degauquier. Christophe, salut.
Christophe Degauquier : Bonjour.
Amélie Alleman : Merci d'être là.
Christophe Degauquier : Avec plaisir.
Amélie Alleman : On se connaît plutôt... depuis euh 1 an, pas mal...
Christophe Degauquier : Un petit peu plus maintenant. On a fêté vos 2 ans là, ouais.
Amélie Alleman : 1 an, 1 an... presque deux, quasi, hein. Ouais, c'est vrai qu'en fait, le temps passe vite. Donc on se connaît plutôt pas mal parce que... ben tu as investi, tu utilises notre solution. Donc euh, donc euh, super chouette euh contact. Donc euh merci d'être là, et merci pour déjà ton support. Euh... Je vais te demander de te présenter, euh, Christophe.
Christophe Degauquier : Ben donc, Christophe Degauquier, j'ai 36 ans, je suis euh co-CEO de DAP. On est un groupe de courtiers en assurances. Je travaille avec mon papa et on a maintenant 145 employés, répartis sur euh, une dizaine de bureaux en Wallonie et à Bruxelles.
Amélie Alleman : Félicitations déjà, hein.
Christophe Degauquier : Merci. Et euh... et donc voilà, je suis euh entrepreneur dit euh "social", parce que j'essaie euh systématiquement de trouver des ponts entre euh le secteur euh... classique dans le monde de l'assurance plutôt conservateur, capitaliste, et le secteur non marchand, qui est un peu ma niche et de là où je viens. Et euh voilà, ça fait 8 ans maintenant que j'essaie de... d'associer les deux mondes et de créer des ponts entre euh ceux qui sont capables de créer de la valeur, et ceux qui ont besoin de soutien.
Amélie Alleman : Un profil assez atypique, hein, on va... on va y revenir là-dessus. Euh... Tu es venu comment dans... dans l'entrepreneuriat ?
Christophe Degauquier : J'ai toujours eu un peu ça en moi, euh... depuis que je suis adolescent, j'ai toujours aimé euh gérer des projets, euh... que ce soit aux scouts, à l'école, dans des organisations de jeunesse... Très vite, j'ai... j'ai aimé euh rassembler des gens et... essayer de défendre des projets. Euh... Et donc, ouais, je crois que c'est... l'exemple euh... paternel, parce que ma mère est prof, mais euh... Mais ouais, c'est... un peu inné, je crois.
Amélie Alleman : Et donc tu as... tu as bossé dans le privé avant ?
Christophe Degauquier : J'ai jamais bossé, j'ai jamais fait d'entretien d'embauche.
Amélie Alleman : D'accord. Tu es direct venu euh... créer euh... avec ton père ?
Christophe Degauquier : Non, j'ai fait plein d'autres projets comme indépendant, euh... mais j'ai jamais eu de patron quoi.
Amélie Alleman : D'accord, OK. Et tu as fait quoi comme projet euh avant DAP ?
Christophe Degauquier : Alors euh, ben à l'ULB déjà j'ai créé une association qui faisait de la coopération au développement.
Amélie Alleman : OK.
Christophe Degauquier : Euh, ce qui m'a amené à être coordinateur à la plateforme citoyenne d'aide aux réfugiés.
Amélie Alleman : OK.
Christophe Degauquier : Puis je suis parti en Afrique, en Amérique latine, euh... sac à dos, faire du woofing, des projets euh à gauche à droite et... et voyager. J'étais un peu en... en guerre avec euh l'idéal européen, que je... je ne retrouvais pas après mes études. Euh, et puis ben après avoir pas mal voyagé, je me suis dit qu'il était peut-être temps de... d'entamer une carrière. Hmm. Euh... Et donc j'ai fait des projets culturels, événementiels, euh... non marchands...
Toujours compliqué, euh, manque de moyens, euh... politisé, euh... achats, revente, où... tu passes d'une fonction à l'autre... Dans des structures euh très lentes, avec beaucoup d'inertie, euh, et des intérêts qui étaient pas toujours les miens. Et puis à chaque changement politique, euh on changeait un peu la gouvernance.
Donc, euh... j'ai voulu euh rejoindre une entreprise plus agile, et puis à ce moment-là mon père avait besoin d'aide parce qu'il... il commençait sa croissance, on est passé de... de 7 à 140 personnes en 12 ans. Euh... Et donc comme je me prétendais project manager, il m'a dit : "Tu vas venir gérer des projets chez moi, et rembourser ce que tu me dois." Et voilà, c'est comme ça que je suis rentré chez DAP.
Amélie Alleman : Joli ! D'accord. Et travailler avec son père, c'est... OK ?
Christophe Degauquier : Aujourd'hui, oui. Euh... avec le recul euh... voilà. Ça se passe très bien, vraiment. On a... On a eu très peu de différends, et quand on en a, on arrive à les gérer euh de manière euh... paisible. Euh, mais c'était une grande crainte. Euh... Les... Les deux premières années euh... j'osais à peine le dire.
Amélie Alleman : D'accord. Pourquoi ?
Christophe Degauquier : Le cliché du Solvayzien qui bosse pour son papa dans le secteur de l'assurance, euh... voilà. J'avais pas envie euh... qu'on me juge comme ça. Et... et puis le temps de prendre ma place... euh, voilà. Mon père est quelqu'un de formidable, mais qui a... qui a un charisme... On dit toujours "difficile de vivre sous un grand chêne".
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Et euh... c'était un peu ce que je ressentais. Et donc, voilà, il m'a fallu 2 ans pour euh... m'asseoir, trouver ma place, et puis... puis faire mon deuil de... de pas repartir euh à l'étranger aussi.
Amélie Alleman : Ouais.
Christophe Degauquier : Parce que entre... 28 et 30 ans, euh il y avait le... le Working Holiday Visa qu'on pouvait avoir encore jusqu'à 30 ans, euh, et j'avais bien voyagé euh... en Amérique latine, et j'hésitais à aller euh ou au Canada ou en Australie. Et finalement, euh la vie a fait que je suis resté en Belgique, et... et c'est très bien comme ça.
Amélie Alleman : Et donc aujourd'hui, comment sont... répartis vos rôles ? Ça se passe comment ?
Christophe Degauquier : Alors, depuis... 1 mois, euh je suis devenu co-CEO de la boîte.
Amélie Alleman : OK.
Christophe Degauquier : Euh, avant ça j'étais directeur opérationnel.
Amélie Alleman : Hmm hmm.
Christophe Degauquier : Euh... Mais chez nous, il n'y a pas de... de fonction transversale pure. Donc je... je gère le bureau de Bruxelles, euh, qui a bien grandi depuis euh... depuis 6 ans. Et donc il y a toujours un côté euh métier, client, gestion d'équipe, euh, opérationnelle. Et une casquette plus transversale. Et puis alors il y a tout ce qui me passionne, moi, en termes... d'impact et d'ESG, que j'essaie de distiller euh... depuis quelques années, en... en créant un... un groupe d'ambassadeurs dans chaque bureau, pour essayer de faire en sorte d'avancer au niveau des... des objectifs de développement durable, euh, et de l'impact qu'on peut avoir euh... au travers de notre métier, euh, voilà. Que les gestionnaires, en vendant des contrats d'assurance, en accompagnant nos clients, euh... puissent distiller gentiment cette touche... d'impact, que ce soit au niveau social, environnemental, ou même au niveau de la gouvernance.
Amélie Alleman : DAP Solidarity ? Tu m'en parles ?
Christophe Degauquier : On en parle avec grand plaisir. Donc ça, c'est un peu mon bébé, euh... que j'ai... mis en place... Donc on a un de nos bureaux qui ne fait que du non marchand.
Amélie Alleman : Hmm hmm.
Christophe Degauquier : Donc on a créé des produits d'assurance dédiés au monde associatif. Euh, que ce soient des ASBL, ou... ou des universités, des communes... Enfin tout ce qui touche au non marchand, au sens large, de l'indépendant euh... de l'aide soignante ou je sais pas... Jusqu'à la grosse structure qui est financée par la région ou la commune.
Amélie Alleman : Avant c'était géré... enfin il y a des concurrents qui font ça, ou c'était géré par les agences traditionnelles ?
Christophe Degauquier : Euh, les gens euh font vite la référence à Ethias.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Euh... Mais qui fait plus de directs. Euh... Alors, on collabore avec Ethias parce que comme on a plus de 2000 ASBL en portefeuille, euh... voilà, on est... un gros partenaire. Euh, mais non, il n'y a pas tellement de... de concurrents, il y a... il y a voilà... quelques courtiers qui... qui aident un peu plutôt localement, dans leur région, ou qui ont... un secteur d'activité. Euh... mais... mais les courtiers se... se concentrent plutôt sur le main cible clients profession libérale euh... Et malheureusement, le secteur du... du non marchand est complètement délaissé euh, par la plupart des assureurs.
Et donc euh, c'est facile, entre guillemets, d'évoluer là-dedans parce qu'on a vraiment créé des produits adaptés à ces structures-là. Euh... Maintenant c'est difficile parce que c'est... ça demande beaucoup de temps, c'est moins rentable, euh... voilà. Donc c'est... il faut faire un choix, mais... mais nous on a fait le nôtre, de... de défendre tout et tout le monde.
Et donc voilà, on...
Amélie Alleman : Ce qui devrait être le cas partout...
Christophe Degauquier : Ce qui devrait être le cas partout, mais ce serait trop beau et... je crois qu'on serait pas euh... dans l'absurdité du monde... géopolitique... actuel, si euh... si c'était le focus de tout le monde. Mais euh... moi c'était une... une des conditions pour travailler avec mon père et prendre la boîte.
Amélie Alleman : Tu lui as dit direct, c'était ton... tu voulais avoir un impact sociétal ?
Christophe Degauquier : Je lui ai fait signer même.
Amélie Alleman : Ah ouais ?
Christophe Degauquier : Ouais, ouais. Donc, en rentrant chez DAP, euh, je lui ai fait signer une charte, où 1, on ouvrait le capital aux employés.
Amélie Alleman : Ouais.
Christophe Degauquier : Euh... 2, on travaillait euh... tout ce qui est entreprise libérée, opale, agile, euh...
Amélie Alleman : Ah, ah !
Christophe Degauquier : Pour que je doive pas être le patron qui contrôle et... et flicke et... et a une armée de... de middle management euh... à gérer.
Euh... Et 3, que on partage systématiquement une partie des bénéfices, mais le problème, c'est que les bénéfices euh nous ont permis de faire de la croissance et donc il n'en restait jamais, et donc maintenant, on donne du chiffre d'affaires. Donc à chaque fois qu'on crée 1 euro, on en reverse 10 %.
Amélie Alleman : Et ton père a accepté direct ? Ou il y a eu de la négo ?
Christophe Degauquier : Il a accepté de signer direct, mais il m'a dit euh : "Moi je suis déjà au four et au moulin, donc euh tu te débrouilles pour l'implémenter, voilà les contacts qui peuvent t'aider et euh... et je te soutiendrai toujours dans la démarche, mais c'est à toi de te faire la place euh sur le marché pour y arriver", quoi.
Amélie Alleman : Hmm. Et donc euh, j't'ai un peu coupé, hein, de... DAP Solidarity, tu veux expliquer un peu le...
Christophe Degauquier : Alors, très concrètement, euh... c'est un... un produit d'assurance qui est le même que celui que vous payez pour votre maison, votre auto, euh... ou en tant qu'indépendant pour votre RC professionnelle. C'est juste que 10 % de la prime sont alloués à des projets associatifs ou environnementaux.
Alors, les gens se disent : "Mais d'où viennent ces 10 % ?". Euh... Ben donc on a négocié avec les compagnies d'assurances euh... qu'on puisse utiliser une partie de cette prime-là pour euh financer des projets à impact. Nous, on coupe euh une partie de nos commissions. Et alors il y a... il reste un petit peu de déduction fiscale euh... que l'Arezzo ne... ne veut bien concéder encore, et donc euh, bout à bout, ben l'État fait un tiers du chemin, la compagnie aussi, et nous on... on complète euh... la plus grosse partie.
Amélie Alleman : Bravo hein !
Christophe Degauquier : Merci.
Amélie Alleman : Comment tu as... tu as mis ça en place ? Ça t'a pris combien de... d'années ?
Christophe Degauquier : Pff... Je crois que j'ai mis 2 ans à négocier avec les compagnies d'assurances, ce qui y avait un...
Amélie Alleman : Ils ont tous dit oui ?
Christophe Degauquier : Non.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Non, donc c'est compliqué. Euh... les plus petites ont dit oui, pour se faire des parts de marché.
Amélie Alleman : Ouais. Tu l'utilises dans leur marketing ?
Christophe Degauquier : Pas tellement.
Amélie Alleman : OK.
Christophe Degauquier : En tout cas, euh... je suis assez étonné qu'ils... ils ne promotionnent pas plus ça en interne. Bon, maintenant, il y a toujours le côté euh... si un courtier le fait, euh tous les autres peuvent le faire. Moi, j'ai pas... j'ai pas déposé la marque, hein, donc tous les courtiers peuvent couper leurs commissions pour euh... pour faire du social et de l'impact.
Euh... Donc non, après, eux, je crois qu'ils l'utilisent dans leurs rapports de durabilité, euh... CSRD, et cetera.
Euh... Maintenant, euh... c'est... voilà, c'est... c'est plus un truc entre nous et eux. Euh... Nous, en interne, on l'utilise beaucoup, mais on... on ne met pas en avant la compagnie d'assurances qui nous soutient. Il y en a certaines qui veulent même pas qu'on... qu'on les mentionne d'ailleurs. Euh... Donc c'est plus parce que... elles estiment que le business qu'on va réaliser va avoir un impact positif sur la collectivité, et le rôle de l'assureur c'est... de... de diminuer le risque, et que donc si on entretient... mieux nos bâtiments, par exemple, en faisant des audits PEB, euh... ben derrière il y aura moins de problèmes d'assurance.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Et donc euh, voilà, c'est plutôt une négociation qui reste centrée sur... les problématiques du métier. Moi, aujourd'hui dans le monde associatif et dans l'entrepreneuriat social, il y a... il y a énormément de gens qui y travaillent. Euh... et donc ça représente énormément d'impact euh, financier, économique, social, euh... qui au niveau de la gestion du risque... à l'échelle nationale pour les assureurs, euh... est important à... à assimiler. Mais sur lequel il n'y avait pas beaucoup de focus.
Et donc euh, ça a mis du temps avant de trouver les bonnes personnes dans les compagnies pour arriver à... à faire rentrer ça dans les schémas financiers euh... des compagnies. Puis de créer le modèle, créer le marketing euh autour, créer les équipes.
Donc ouais, ça... ça me prend beaucoup de temps et d'énergie, mais ça commence à prendre. Ce qui est plus dur, c'est de convaincre le client, maintenant. De se dire qu'en fait, avec sa prime d'assurance, il peut avoir un impact récurrent, puisqu'on la paye chaque année. Euh... et les gens euh... je sais pas, se désintéressent euh... L'assurance c'est pas sexy. Euh... C'est pas comme si je disais euh "c'est un jean en coton euh... bio..." Voilà. Euh, et... et donc c'est difficile de... d'avoir de la charge mentale disponible pour que les gens s'intéressent à ça, et donc ils applaudissent et puis le lendemain, ils repartent dans leur routine et... ils oublient de t'envoyer leurs contrats, ou il y a une contrainte, ou... Et donc c'est... commercialement pas facile, et on n'a pas encore trouvé le... le pain point qui... qui permettrait de faire basculer des assurances classiques vers DAP Solidarity quoi.
Amélie Alleman : Et donc, avec cet argent, vous aidez... des associations ?
Christophe Degauquier : Ouais. Donc on... on a 2000 ASBL en portefeuille, qui nous font des demandes, euh... qui dépassent largement le... le conseil de courtage en assurance, et... et donc on crée des partenariats avec ces ASBL, pour promotionner en interne... le programme DAP Solidarity, et faire en sorte que... il y ait plus de clients qui choisissent cette ASBL-là comme bénéficiaire des 10 %.
Amélie Alleman : D'accord.
Christophe Degauquier : Et avec ça, ben euh, on envoie des artistes dans les hôpitaux pour les enfants malades, euh... on soutient la culture, on... on aide les repair cafés, on... Il y a plein... plein, plein de projets qui sont euh, soutenus chaque année. Et on essaie d'avoir une récurrence. Que chaque année, ben, il y ait de plus en plus de gens qui s'intéressent à ce projet-là, pour que l'ASBL puisse bénéficier d'un... d'une source de financement alternative euh aux subsides, qui... fondent comme neige au soleil.
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Amélie Alleman : C'est quoi qui te drive ?
Christophe Degauquier : Réduire les inégalités.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Je sais pas pourquoi... Euh, j'ai toujours été sensible euh... au fait qu'il y ait des gens qui... qui n'ont pas de chance, qui sont mal nés. Et... et où qui ont un parcours de vie difficile. Moi, j'ai eu de la chance, je suis bien né, euh... et je... je me suis toujours senti le besoin de me dire que... il fallait que j'en fasse profiter euh, ceux qui n'avaient pas eu ma chance. Et donc en me levant le matin, ben c'est... c'est un focus, et en me couchant le soir, si j'ai réussi à le faire, ben je suis content. Et donc ça me redonne de l'énergie. Et... m'entourer de gens qui partagent ces mêmes principes, c'est... c'est important pour moi. Donc c'est pour ça qu'au début le secteur de l'assurance c'était pas le premier choix de vie...
Amélie Alleman : Ouais, c'est ça quoi.
Christophe Degauquier : Euh... mais mine de rien tout le monde en a besoin. Et à la base c'est un... un métier social.
Amélie Alleman : Oui, oui. Et quand... je me souviens, allez, les inondations à Liège et tout. Quand tu vois toutes ces catastrophes comme ça, tous les gens qui étaient dans la misère, tu te dis, mais... heureusement !
Christophe Degauquier : Mais on s'en rend pas compte, hein, mais l'assurance est partout. Les mutuelles, les soins de santé, la pension, tout ça, c'est des principes assurantiels. Et c'est des enjeux gigantesques. Euh... mais qui a été financiarisé à outrance. Et puis il y a cette mauvaise réputation des assureurs euh... qui perdure. Et donc on... je me bats tous les jours pour dire qu'en fait, euh, en tant que courtier d'assurance, il y a aussi moyen de... de prendre une place... d'entrepreneur social.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Et de revenir au cœur du métier. Et ouais, ça, ça me drive.
Amélie Alleman : C'est quoi ton ambition maintenant ? Maintenant que DAP Solidarity tourne... plus ou moins, je pense ? Tu... Tu t'es dit, ben voilà, maintenant euh... Je veux... faire grandir, ou j'ai un autre projet, ou euh...
Christophe Degauquier : Ben faire grandir oui, pour augmenter l'impact. C'est sûr, il y a une consolidation pour l'instant sur le marché, donc c'est... c'est tout bénef pour moi, euh pour le projet, puisque au plus de gens viendront s'assurer chez nous, au plus il y aura... un pourcentage qui va être réinvesti euh, dans le social.
Euh... nous faire certifier... B Corp et Unitar.
Amélie Alleman : OK.
Christophe Degauquier : Parce que il y a beaucoup de gens qui pensent que tout ça c'est... c'est une lubie, et que c'est... c'est un argument marketing. Et ça m'insupporte de croire que les gens puissent penser que c'est du greenwashing.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Donc là on... on met beaucoup d'énergie à... à être certifiés, et à démontrer que... avec des auditeurs externes euh... on on est quand même euh... sincère et... et vraiment avancer dans la démarche. Après il y a toujours moyen de faire mieux, donc continuer à... à structurer la boîte pour... pour faire en sorte qu'il y ait moins de... de barrières et de points d'accroche et que ça soit plus fluide euh... pour tout le monde. Euh... et puis inspirer d'autres entrepreneurs.
Amélie Alleman : Tu... Vous avez eu des pivots, ou des claques euh... ? Enfin, des claques, on en a tous hein, surtout en tant qu'entrepreneurs, mais qui vraiment t'ont marqué dans... dans ton trajet, qui t'ont fait euh... faire des choix ?
Christophe Degauquier : Ouais... Euh... Quand j'ai été coordinateur à la plateforme citoyenne, avant que l'Europe ne vote Frontex...
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Euh... pour moi l'Europe c'était... l'Eldorado quoi, c'était euh... une Europe unie, sociale, humaniste.
Amélie Alleman : C'est quand tu revenais de voyage, là ?
Christophe Degauquier : Et euh... j'en serai avant de partir.
Amélie Alleman : Ah bon, OK.
Christophe Degauquier : Et j'ai tout claqué parce que j'ai... j'ai vomi euh les décisions politiques qui ont été prises. Je sortais de l'unif, j'avais l'idéal euh... ULBiste, libre examen, euh...
Amélie Alleman : Ouais.
Christophe Degauquier : Et... et la réalité du monde euh... elle est pas comme ça.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Mais je l'ai appris à mes dépens. Et donc ça, ça a été une très grosse claque. Euh... Mais ça m'a permis de... de voyager euh seul, entre autres, et de... d'apprendre beaucoup sur moi-même. Euh... ça, ça a été un gros pivot, et puis de me dire : "OK, euh... l'herbe est pas plus verte ailleurs non plus". Euh... L'Europe est pas parfaite, mais elle est perfectible. Euh... Il y a des pays qui sont euh, encore nulle part quoi. Donc euh... c'est des pays magnifiques, avec une nature extraordinaire, mais euh... socialement euh... à la ramasse.
Donc je crois qu'on a une chance unique... d'avoir un système social tel qu'on l'a, il faut l'entretenir. Mais il faut qu'il soit pérenne. Et aujourd'hui l'État providence, il est plus pérenne. Euh... et donc euh... c'était ou faire de la politique, ou faire euh de l'entrepreneuriat. Et euh... j'ai fait mon choix !
Amélie Alleman : Hmm hmm.
Christophe Degauquier : Euh... et donc euh... à travers l'entrepreneuriat euh... ouais. Je pense qu'il y a moyen d'avoir un... un bel impact et... et d'aller... loin dans... dans l'idéal euh, humaniste de... de l'éducation que j'ai reçue à travers le... le modèle européen, quoi.
Euh... Après oui, des claques euh... business, euh... enfin je me souviens des réunions avec des directeurs de compagnies d'assurances où on m'a dit : "Mais... tu t'es trompé de métier quoi.
Amélie Alleman : Tu devais être un peu l'OVNI, non ?
Christophe Degauquier : On est là pour faire de l'argent."
Amélie Alleman : Ouais.
Christophe Degauquier : Ouais...
Amélie Alleman : Maintenant peut-être qu'ils te connaissent, mais au début tu devais quand même être assez euh en frontal, non ?
Christophe Degauquier : Ouais, et puis euh... ils me recevaient parce que j'étais le fils de mon père, euh... et que on commençait à grandir un peu sur le marché et... mais euh... Mais c'est toujours euh difficile de... de faire suivre, évoluer des mastodontes euh... euh... comme Axa, Allianz, AG, euh... voilà, c'est des gros paquebots. Et donc c'est difficile de se faire une place là au milieu. Euh... donc ouais, il a fallu trouver son chemin, et... et parfois c'est décourageant euh... de se dire mais... pour eux, au final, ça représente pas grand-chose.
Nous on essaie vraiment de... de faire euh tout ce qu'on peut avec... le peu de moyens... Alors oui, on est une PME qui grandit, mais... comparé à des structures comme ça euh... c'est... c'est beaucoup plus dur pour nous.
Et euh ouais, donc il y a... il y a des jours, c'est compliqué. Euh... d'être un OVNI. On est... Je suis trop à droite pour certains et pas assez à gauche pour d'autres. C'est... Je suis toujours dans l'entre-deux, quoi. Le monde associatif me juge de vouloir faire du commercial avec un argument euh... impact... sociétal, et... et les gens qui font de l'argent se disent : "Mais pourquoi tu te fais chier ?".
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Euh...
Amélie Alleman : C'est ça comme ça.
Christophe Degauquier : Ouais, voilà, maintenant je me suis fait une raison, hein, mais euh... Mais c'est vrai que j'ai dû travailler beaucoup. J'ai fait pas mal de coaching d'ailleurs pour... pour comprendre quelle était un peu ma mission de vie et qu'est-ce qui me drivait le matin.
Amélie Alleman : Ta place ?
Christophe Degauquier : Et ma place sur ce marché-là, et pourquoi pas ailleurs.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Euh, parce que, ouais, quand je repense, euh, moi j'adorais la coopération au développement. Euh... Mais... mais voilà, j'ai une opportunité familiale d'une... d'une belle boîte à... à pérenniser, avec euh... des collègues formidables, et... des gens qui partagent cette ambition. Et aujourd'hui, je vois que... on attire des talents... pour ça.
Amélie Alleman : Hmm, j'allais te le demander. Tu vois dans ton recrutement que ça joue ?
Christophe Degauquier : Ouais. Depuis quelques années, là, on voit que... on a reçu plusieurs prix, le Prix Caïus de Prométhéa, on a reçu le Responsible Management Award de la Chaire Universitaire Louvain School of Management... Euh... Et voilà, je crois que ça... ça fait quand même tiquer les gens de se dire : "Mais attends, moi je bosse dans l'assurance, j'ai jamais entendu ça, j'aimerais bien aller voir euh... chez un courtier euh... qui a l'air euh... un peu différent".
Et donc euh... là où beaucoup ont du mal à recruter, nous, on a pas mal de candidatures spontanées, et avec des bons profils. Et ça, c'est quand même une fierté de se dire qu'on... on crée des vocations et du sens euh... dans ce qu'on fait, pour un métier qui à la base, est rarement une vocation euh... Je connais pas beaucoup de gens qui disent "Je rêve de devenir assureur" quoi.
Amélie Alleman : Je sais pas ! Comment toi tu te nourris ? Euh... Comment tu... tu progresses, tu te développes ?
Christophe Degauquier : Je fais beaucoup de sport.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : C'est un peu un exutoire, euh... j'ai besoin de... de canaliser euh... en faisant pas mal d'activités euh, physiques et sportives. Les voyages, ça reste un gros drive dans ma vie. Bah ouais, maintenant, avec ma famille, j'ai un petit garçon d'un an et demi... Donc euh... ouais, ça aide aussi à... à rentrer à la maison et à se dire qu'il y a... il y a d'autres choses que le boulot. Euh... Et puis les... les relations sociales, euh... je me nourris beaucoup de... de belles histoires d'entrepreneurs qui... qui cherchent aussi leur chemin, qui... qui prennent des claques. J'ai eu la chance de participer à 40 under 40... et ouais, c'est vraiment... un bol d'air de se dire : "OK, je suis pas tout seul. On est quand même quelques-uns à... à consacrer euh... notre temps, notre énergie, notre argent, notre réseau euh... à vouloir réinventer un peu le système qui... qui arrive en bout de course".
L'actionnariat salarié ?
Christophe Degauquier : Pour moi, c'est... ça devrait être la norme.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : C'est tellement simple, euh... On n'a pas besoin de 100 %. Quand tu vas acheter un gâteau pour l'anniversaire de ton fils, tu as pas besoin de tout manger quoi.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Tu es content de le partager. Ben pour moi c'est pareil. C'est... Tout le monde bosse, tout le monde fait avancer la boîte, c'est logique que tout le monde puisse avoir euh... une partie du bénéfice, et des dividendes, et du fruit de la valorisation.
Amélie Alleman : Vous avez mis ça en place quand ?
Christophe Degauquier : Euh... Quand on a commencé à fusionner les bureaux, donc quand je suis arrivé en 2018, chaque bureau avait son numéro BCE, son logo, ses fournisseurs. Donc il y a eu un gros travail de consolidation.
Amélie Alleman : Hmm hmm.
Christophe Degauquier : Et là on s'est dit "Bah quitte à... à rechanger tout et à tout fusionner, euh autant directement ouvrir le... le capital commun".
Amélie Alleman : Hmm hmm.
Christophe Degauquier : Et alors au début, c'était beaucoup les responsables d'équipes et de bureaux qui... qui étaient indépendants et qui se sont dit "Bah, dans leur package, euh... ils mettent une partie de leur salaire pour acheter des parts". Et puis après, on s'est dit "Mais ça devrait pas être réservé euh... au management ou... ou aux indépendants". Et donc on a... on a fait des workshops, et on a expliqué que... devenir actionnaire, ça ne voulait pas dire euh... devenir administrateur, et... gérer euh les problèmes, ou être responsable de l'endettement, ou...
Euh... Et donc ouais, il y a un tiers du personnel qui est... qui est actionnaire maintenant, et on aimerait pousser le modèle plus loin, mais euh... on peut pas être sur tous les fronts à la fois, mais... il y a encore beaucoup de choses à faire à ce niveau-là, et je suis assez étonné qu'en Belgique il y ait très peu de... d'autres exemples.
Amélie Alleman : Écoute, moi ça fait pas très longtemps que je... je connais ce modèle, honnêtement. Bon moi j'ai vraiment plus le côté euh start-up, et cetera, donc c'est moins... Mais euh ouais, je l'ai découvert avec euh Sabine Colson, là. Mais... et puis maintenant je le vois partout. Enfin, je commence à le voir partout. Euh... Mais c'est clair que c'est un... un modèle hyper intéressant quoi.
Christophe Degauquier : Ben ça fait sens. Enfin, je crois, quand on voit les excès de... des 1 % les plus riches qui... qui engagent, OK, des millions de personnes, mais... qui les exploitent parfois... C'est de l'esclavagisme moderne. Euh, aujourd'hui, je crois qu'une croissance saine, elle est faite... parce qu'on partage aussi les bénéfices. Il n'y a pas que... "parce que tu offres du travail à quelqu'un, que tu peux te permettre toi d'engranger 100 % du fruit et du profit"... Et je crois qu'il y a un gros travail... académique à faire là-dessus. J'en veux un peu à Solvay de ne nous avoir jamais formés à cette vision-là.
Amélie Alleman : Hmm. Tu peux aller euh frapper à la porte pour donner un cours, hein.
Christophe Degauquier : Un jour, pourquoi pas. Ouais, avec plaisir.
Amélie Alleman : Je te rajoute une "to do" dans...
Christophe Degauquier : On va attendre encore un peu, mais euh... Non, vraiment ! Euh, enfin, moi ça me plairait de... d'inspirer des jeunes à me dire que... "OK, ils ont envie de devenir entrepreneurs, mais il n'y a pas que le modèle du grand patron, euh... autoritaire..."
Amélie Alleman : Ouais, c'est ça.
Christophe Degauquier : Donc ouais, il y a des alternatives, et... et dans plein de pays, ils sont beaucoup plus loin que nous. Donc euh... pareil, être curieux et se renseigner sur ce qui se passe ailleurs, ça peut permettre de... d'ouvrir des voies et sortir de sa zone de confort, ça permet... faire les choses autrement et... et donc d'avoir un autre impact.
Amélie Alleman : Qu'est-ce qu'on doit te souhaiter ?
Christophe Degauquier : De rester heureux.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Me dit-il avec un grand sourire...
Non, de continuer à rayonner. Je crois que... c'est contagieux. Et donc euh... ouais, je... parfois je vois la difficulté de certains entrepreneurs qui... qui en peuvent plus, quoi. Et se dire "Mais en fait, euh... c'est possible, euh, en s'entourant, en... en ayant une vision un peu alternative, en défendant d'autres valeurs... euh, en faisant confiance aux gens... en apprenant à déléguer euh... de... de réaliser de belles choses, et... au final, on en sortira tous gagnants, et plus sereins". Et c'est pas cette course à l'argent, au pouvoir, et à l'ego euh, qui va continuer à nous mener euh nulle part. Et donc ouais, d'oser faire des sacrifices. Moi, avant mes 28 ans euh... je gagnais pas ma vie, quoi. Donc euh... voilà. Mais j'ai consacré ce temps-là à vivre d'autres choses, et... à m'enrichir euh humainement euh... Et encore aujourd'hui euh... je suis en retard tout le temps, sur tout ce que je fais, mais je prends le temps de faire ce que j'aime, quoi.
Amélie Alleman : T'as des conseils, ou des... des livres, des podcasts... des ressources, en fait, à... à conseiller euh...
Christophe Degauquier : Euh... Je prends pas assez le temps de lire. Euh... Mais... mais en tout cas peu importe la source, il y a... il y a des très beaux modèles qui commencent à émerger. Euh... bon moi via Forty Under 40, je suis devenu membre de Merode et... et là entre autres, il y a des... des conférences de... de qualité, avec euh... avec des gens vraiment intéressants et des chouettes rencontres. Euh... Et donc ouais, de prendre le temps... de... de se challenger, euh... avec des gens euh, qui ont... un succès ou un échec... Je crois que les deux sont vertueux. Euh, mais... mais d'arriver vraiment à... voilà, même en faisant 1 heure de sport, euh... se mettre un podcast, et dire : "OK, je creuse un sujet... euh... moi aussi j'ai envie d'avoir de l'impact, comment je fais ?". Aujourd'hui avec l'IA, euh, tout est possible quoi.
Donc euh, voilà. Tu... tu crées un agent, tu le challenges, il va te répondre, et puis tu... tu vas parler aux gens, tu prends un café, tu prends... des conseils, et... et puis... et puis tu avances étape par étape, tu te fais un plan, et... Mais de... d'oser ! Je crois qu'il y a beaucoup de gens qui ont peur, qui ont pas assez confiance en eux.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Et en fait... on n'a rien à perdre, à essayer.
Amélie Alleman : Hmm.
Christophe Degauquier : Et s'entourer... ouais, des personnes qui nous ressemblent, et qui nous font du bien, quoi.
Amélie Alleman : Excellent mot de la fin. Merci Christophe.
Christophe Degauquier : Merci à toi.
Amélie Alleman : Super chouette !
Voix off : Alors, j'espère que vous avez aimé ce podcast. N'hésitez pas à nous liker, nous commenter sur les réseaux sociaux, et à surtout partager euh le podcast auprès de vos amis. Abonnez-vous, on est disponible sur toutes les grandes plateformes de podcast. Et euh, ben j'espère, à très bientôt.