Épisode #15

Reprendre une PME : ce que les chiffres ne disent pas.

avec Benjamin Wayenberg, fondateur et CEO de PurpleShares

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Reprendre une PME : ce que les chiffres ne disent pas.

Reprendre une PME ne se résume pas à une analyse financière. C’est une opération profondément humaine, souvent sous-estimée.

Dans cet épisode, Benjamin Wayenberg, fondateur de Purple Shares, partage une vision structurée et engagée de la transmission d’entreprise. Une vision née d’une expérience personnelle forte : l’impossibilité de transmettre l’entreprise familiale.

Aujourd’hui, avec Purple Shares, il développe un modèle qui vise à pérenniser les PME en Europe en les reprenant pour ensuite en organiser la transmission progressive aux salariés.

On parle de :

  • l’écart entre la perception d’une PME et son fonctionnement réel
  • le rôle critique de certaines personnes clés, souvent invisibles lors de l’acquisition
  • les limites des approches classiques de reprise, notamment sans expertise métier
  • l’importance de comprendre l’histoire et la culture d’une entreprise avant de la transformer
  • et la nécessité d’un alignement fort entre cédant, repreneur et projet

Une lecture claire de ce que signifie reprendre, transformer et transmettre une entreprise. Merci Benjamin !

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La retranscription du podcast, c'est par ici ...

Amélie Alleman : Aujourd'hui, je suis en compagnie de Benjamin Wayenberg. Benjamin, bonjour.

Benjamin Wayenberg : Bonjour.

Amélie Alleman : Merci d'être là.

Benjamin Wayenberg : Ben merci à toi pour l'invitation.

Amélie Alleman : Avec plaisir, on se connaît pas encore, donc je suis... je suis contente de faire ta connaissance.

Benjamin Wayenberg : De même.

Amélie Alleman : Euh, ben je vais te laisser te présenter hein, c'est plus simple.

Benjamin Wayenberg : Petite question pour toi avant de commencer. WIP Club, bon, on sait ce que ça veut dire, mais euh WIP, c'est aussi fouetter en anglais. Est-ce que, je vais passer... tu vas me mettre sur le grill là pendant la prochaine demi-heure ?

Amélie Alleman : Écoute, je savais pas, mais maintenant que tu me donnes des idées, je vais y réfléchir. Non non non, je rigole, je rigole. Non, le but, c'est vraiment euh, no stress, discussion cool, donc euh, pas de souci.

Benjamin Wayenberg : Très bien. Merci pour la précision, ouais.

Amélie Alleman : Tu m'as dit que c'était euh, c'était ton premier podcast.

Benjamin Wayenberg : En effet, premier podcast, ouais. Ravi de le faire avec toi.

Amélie Alleman : Un peu stressé ou ça va ?

Benjamin Wayenberg : Ça va. Ça va.

Amélie Alleman : Tu me diras quoi dans 30 minutes.

Benjamin Wayenberg : Exactement.

Amélie Alleman : Si tu as été fouetté ou pas.

Benjamin Wayenberg : Ouais, à mon avis, ouais.

Amélie Alleman : Non non non. Euh, je t'en prie, Benjamin.

Benjamin Wayenberg : Ben écoute, j'ai... je m'appelle Benjamin Wayenberg, j'ai 40 ans, je suis Belge, euh, j'habite à Bruxelles avec ma femme et mes deux enfants. Euh, j'ai un background d'ingénieur de gestion, donc j'ai fait Solvay, et je suis euh, comme tu le sais, le fondateur de Purple Shares, euh, qui rachète des PME, de propriétaires partant à la retraite, pour ensuite les transmettre aux salariés.

Amélie Alleman : T'es Belge et tu dis Bruxelles ?

Benjamin Wayenberg : Bruxelles, ouais. Je traîne... je suis souvent à Paris en effet, ouais.

Amélie Alleman : Ça va, voilà. Euh, et donc euh, Purple Shares, euh, tu tu nous présentes un peu la... la boîte ?

Benjamin Wayenberg : Oui, bien sûr. Ben, écoute, on... déjà je sais pas si tu sais, mais c'est parti d'un... d'un souci personnel, vu que mon père était patron de PME, il a essayé de la transmettre à plusieurs reprises sans succès, et à son décès euh, ben on a dû liquider l'entreprise. Euh, en en parlant avec un ami, enfin une connaissance, qui est Pierre-Louis d'Argent, qui est aujourd'hui mon... mon associé, on s'est rendu compte que c'était le cas, en fait, de 70 %, hein, ou 70 % des patrons de PME en Europe, et que il fallait euh... il fallait apporter une solution à cette problématique. Donc en fait, notre mission, elle est assez simple, c'est pérenniser la transmission de PME en Europe. Évidemment, pour l'instant, on opère sur... sur la Belgique, la France et le Luxembourg. Et euh, on pérennise ces transmissions, en fait, en faisant deux choses très très simples : premièrement, on acquiert ces PME, souvent à des propriétaires partant à la retraite, et ensuite, comme je te l'ai dit, on les transmet progressivement aux salariés. Je peux rentrer dans la mécanique si tu veux euh, un peu plus euh... enfin, détailler ça un peu plus tard, quoi.

Amélie Alleman : D'accord. Et donc euh, l'idée de base, c'est vraiment parce que tu... tu as vécu ce... ce problème avec la société de ton père.

Benjamin Wayenberg : Tout à fait.

Amélie Alleman : Et avant tu tu... enfin tu as créé ça euh récemment, avant tu faisais quoi ?

Benjamin Wayenberg : Alors euh, ça fait 15 ans que je suis entrepreneur. J'ai toujours euh, été entrepreneur, j'ai jamais travaillé pour quelqu'un. Euh, la liberté, ça a toujours été euh, central euh, dans ma vie, de pouvoir euh faire ce que je veux, d'assumer complètement mes choix euh, en dépit des succès, des échecs, ou du regard d'autrui. Donc ça j'en suis euh j'en suis assez fier, et j'ai toujours été attiré euh, par trois domaines, qui sont la technologie, la finance et l'immobilier. Et en fait, tu retrouves ça dans tout mon parcours d'entrepreneur. Euh, j'ai d'abord travaillé dans la finance euh, en private equity, dans la gestion de fonds d'investissement, l'asset management, et cetera. J'ai ensuite monté une proptech, donc là on parle d'immobilier. On était les premiers à faire de la géolocalisation en Europe, la société s'appelle shelter.com, ça s'appelait, ça te dit peut-être quelque chose. Et ensuite, j'ai lancé une fintech à impact, qui a aussi été déterminante pour... pour Purple Shares, qui s'appelait à l'époque Bye Bye Rent, et qui permettait à des particuliers d'acheter un bien immobilier sans fonds propres. C'est vraiment là que j'ai vu que euh, tu pouvais faire de la finance autrement, et que tu pouvais avoir cet impact sociétal euh qui me tenait à cœur, et que j'ai reproduit indirectement euh chez Purple Shares.

Amélie Alleman : OK. Ces boîtes existent toujours ou tu les as vendues ?

Benjamin Wayenberg : Alors, il y en a... Bon, Shelter, on n'a pas réussi à transformer l'essai. Bye Bye Rent existe toujours, j'ai effectivement revendu mes parts. Euh, oui.

Amélie Alleman : Bravo.

Benjamin Wayenberg : Merci.

Amélie Alleman : Et euh, et puis tu t'es dit, OK, maintenant je je veux vraiment m'attaquer à la transmission.

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : Euh, et tu as créé Purple Shares euh quand ça ?

Benjamin Wayenberg : Alors, on on a commencé en décembre 2023. On est vraiment restés sous le radar avec mon associé pendant quasi euh euh, un an euh, un an et demi. Euh, en réalité, la société euh, si tu regardes euh, parce que c'est une holding française, euh, elle existe depuis octobre de l'année passée. Donc tu vois, c'est assez récent. Euh, mais pendant un an et demi, on a euh, effectivement débunké le modèle, euh, et on s'est assuré euh, euh, de valider un peu toutes les hypothèses de celui-ci. Est-ce qu'on sait réaliser des transactions ? Est-ce qu'on sait acquérir des entreprises ? Est-ce qu'on sait mettre en place l'actionnariat salarié ? Est-ce qu'on sait apporter des valeurs, de la valeur ajoutée à ces PME ? Est-ce qu'on sait euh... ben évidemment transformer ces PME, et et évidemment digitaliser, voir euh, scaler ce modèle, parce que c'est le but de Purple Shares, c'est de réaliser un nombre assez euh, conséquent de transactions.

Amélie Alleman : C'est un domaine que je connais pas du tout. La transmission, normalement, c'est de l'accompagnement ? Parce que ici tu dis que tu achètes. C'est normal, c'est un... c'est un business model euh courant ?

Benjamin Wayenberg : Alors ouais, c'est un business model assez courant en private equity. Tu rachètes des entreprises, euh, certaines consolident euh, des industries en faisant ce qu'on appelle du build-up ou du roll-up. Donc tu vas acquérir plusieurs entreprises de la même industrie pour en faire un groupe que tu peux revendre après à des fonds. Euh, tu te concentres sur des sociétés euh qui sont euh, généralement plus euh, plus importantes. Donc du large cap ou du mid cap. Nous, on se concentre sur des petites PME, euh, c'est ce qu'on appelle le small cap. Euh, évidemment...

Amélie Alleman : Et petite PME, c'est quoi ta définition ?

Benjamin Wayenberg : Alors, bon, c'est pas une petite PME, c'est une PME, mais pour moi euh une pé... on commence à regarder euh à partir du moment où il y a euh, 10 personnes, euh, 200 000 € d'EBITDA, et euh ce qui représente sur une marge de de de 10 % d'EBITDA euh sur le chiffre d'affaires, ce qui représente 2 millions de chiffre d'affaires. On commence à regarder euh, une PME à partir de cette taille-là.

Amélie Alleman : OK. Et donc, euh, vous avez des euh... euh des des activités, enfin des secteurs, ce sont les tiens ? Euh, tout ce qui est tech, euh... ouais.

Benjamin Wayenberg : Alors ouais, non, pas vraiment. Donc nous on va se concentrer, on ne fait pas tout ce qui est événementiel, euh, ni Horeca, euh, et pas hôtellerie.

Amélie Alleman : Pourquoi ?

Benjamin Wayenberg : Tout simplement euh par affinité. Euh, par affinité, c'est vraiment un autre modèle. On ne fait pas non plus tout ce qui est industrie lourde, sur lequel il y a... une réponse un peu plus précise, c'est qu'il y a trop de capex à engager. Euh, et on va se concentrer plutôt sur des services B2B, euh, qui sont difficilement disruptables, on va dire, par l'intelligence artificielle. Euh, et voilà. Évidemment, c'est des secteurs avec lesquels on a une affinité, et qui sont peut-être de près ou de loin euh, liés euh à l'immobilier. Euh, je je peux te prendre une PME qu'on a en portefeuille, qui est une société de nettoyage industriel, euh, ben voilà, tu peux dire que c'est lié de près ou de loin au... à l'immobilier. Néanmoins, on est ce qu'on appelle généralistes, donc on est euh, industry agnostic, et on regarde euh, tout type de PME.

Amélie Alleman : D'accord. Et donc vous faites une due dil, vous analysez...

Benjamin Wayenberg : C'est ça.

Amélie Alleman : OK. Et donc ton expérience de private equity euh...

Benjamin Wayenberg : Exactement, m'a bien aidé, et euh je suis assisté de Pierre-Louis d'Argent qui est mon associé. On est maintenant sept dans l'entreprise, mais on a commencé à deux, et lui a un très très beau parcours euh, en fusion-acquisition. Euh, et euh, c'est avec lui, on est que deux dans l'Investment Committee qui analysons les... les les PME.

Amélie Alleman : OK. Et donc vous avez fait une levée de fonds, parce que ça demande quand même des gros moyens ?

Benjamin Wayenberg : On a fait effectivement une levée de fonds. On a un modèle euh qui est assez vertueux, donc pas tellement capital-intensive. Vu que comme je te l'ai expliqué, on a un programme d'actionnariat salarié où on va revendre progressivement en fait, les parts que l'on détient dans la PME pour les transmettre aux salariés. Donc chaque année indirectement, on récupère du cash, que l'on peut réinvestir dans d'autres transactions. Mais néanmoins, effectivement, on avait besoin de s'adjoindre euh... de financement, de financiers. Euh, et on a trouvé de super financiers qui partagent euh, les mêmes valeurs, qui ont la même vision que nous du projet, et dont la volonté c'est justement d'avoir euh un impact sur les PME en Europe, quoi.

Amélie Alleman : Et le business model d'actionnariat salarié, c'est à chaque fois ?

Benjamin Wayenberg : C'est à chaque fois, en effet, ouais.

Amélie Alleman : Donc tu pérennises la boîte...

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : Euh, via ce... ce modèle.

Benjamin Wayenberg : Via cette mécanique. Ben, pour te l'expliquer peut-être très brièvement, euh, évidemment euh, quand on source une PME, on l'analyse selon des critères financiers. Euh, on a toute une grille de critères, des questions que l'on pose, et cetera. Euh, on l'acquiert assez traditionnellement, avec du capital et de la dette. Donc il y a quand même un levier bancaire qui est effectué euh, sur l'acquisition. Dans 50 % des cas, on va retrouver un DG, donc un nouveau directeur général, un repreneur, un CEO. Ouais, tu l'appelles comme tu veux, mais voilà, on va en retrouver un en interne, euh, qui a vraiment les épaules pour reprendre. Dans 50 % des cas, on va aller chercher quelqu'un de l'extérieur, mais qui va venir compléter le management. C'est-à-dire qu'on fait du management buy-out, on fait du BIMBO, mais on fait pas de MBI. On ne fait pas de management buy-in. D'accord. Et une fois qu'on a ben, racheté euh l'entreprise, qu'on a sécurisé le management et qu'on a aussi pérennisé la transmission, tu verras qu'on... on amène pas mal de valeur ajoutée à ce moment-là aussi, ce sera peut-être aussi une de tes questions, euh, on vient et on met en place ce programme d'actionnariat salarié, avec la volonté de transmettre jusqu'à 80 % du capital de l'entreprise aux salariés. Alors le worst-case scenario, ça peut être juste aux repreneurs, parce qu'il y a personne qui veut rentrer dans le programme, et le best-case scenario, ça peut être l'intégralité des employés. Et on a un horizon temporel qui est assez long, euh, on est, dans la finance on dit qu'on est evergreen, et euh, donc notre horizon temporel d'investissement, il est de 20 ans.

Amélie Alleman : D'accord. Tu connais Sabine Colson ?

Benjamin Wayenberg : Je connais Sabine Colson, oui, et je l'embrasse.

Amélie Alleman : Ouais, j'adore. On a fait un très chouette podcast aussi sur le...

Voix off (Jobbloom) : Jobbloom, c'est la solution de recrutement digital tout-en-un pour recruter vite, bien, et simplement. Notre solution fonctionne en trois étapes. Nous créons votre site carrière à votre image, avec des contenus authentiques qui donnent envie de postuler. Nous diffusons vos offres là où sont vos candidats, avec plus de 100 partenaires dont LinkedIn Recruiter, Google Job, etc., c'est inclus dans votre abonnement. Et ensuite, nous pilotons tout avec un outil intelligent, qu'on va appeler un ATS boosté à l'IA, pour trier, automatiser tout votre recrutement. Jobbloom, c'est la solution de recrutement digital tout-en-un des PME.

Amélie Alleman : Euh, OK. Et, ça t'est venu d'où, justement, de mettre en place cet actionnariat euh salarié ?

Benjamin Wayenberg : Ben dans la pérennisation des PME et justement dans le modèle euh de private equity traditionnel, c'est capital-intensive. Si tu veux vraiment avoir un impact et racheter un nombre de PME euh, euh, important, euh tu dois avoir euh, des fonds euh, ben assez conséquents. L'idée justement de l'actionnariat salarié, en tout cas du côté de Purple Shares, tu as plein d'impacts au niveau de la PME, et c'est principalement pour ça qu'on le fait, mais du côté de Purple Shares, ça te permet justement euh, de récupérer des capitaux, de réinvestir dans d'autres PME, et donc d'avoir cet impact que l'on souhaitait avoir euh, dès le départ.

Amélie Alleman : Quand on reprend une PME, c'est c'est quoi le premier truc euh, qui surprend, et que... aucun livre ne nous dit ?

Benjamin Wayenberg : Alors euh, une réponse un peu prétentieuse à ça, euh, c'est que quand tu reprends une PME, tu te dis, et ça peut être une PME qui réalise plusieurs millions de chiffre d'affaires, hein, tu te dis, mais comment cette PME a pu fonctionner comme ça euh, pendant des dizaines d'années, sans outil, avec des process qui sont euh chronophages, euh, avec des équipes qui sont peut-être pas bien impliquées ou formées, euh, avec euh... euh, voilà tout l'historique de de de cette PME, tu te demandes vraiment comment ils ont fait. Peut-être une réponse un peu plus humaine euh et qui est tournée vers euh les euh les repreneurs, euh c'est que souvent, c'est une ou deux personnes clés qui détient euh tout l'historique, le savoir, la relation client euh, au sein de cette PME, et évidemment, elle n'était pas euh, signifiante dans au moment de l'acquisition. J'ai un exemple très concret comme ça, dans une de nos PME, où euh les clients contactent directement, sur le téléphone portable, l'ouvrier de l'atelier de de production, pour savoir où en est la commande, pour même réaliser une commande, euh et évidemment, ça tu pouvais pas le savoir au moment de la reprise.

Amélie Alleman : D'accord, OK. Donc tu as des nœuds, vraiment, euh... stratégiques dans la boîte, que tu as pas identifiés, et...

Benjamin Wayenberg : Exactement, ouais.

Amélie Alleman : Et ça, c'est vraiment le principal euh...

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : OK. Il y a on on voit qu'il y a beaucoup d'échecs euh dans les MBI. Euh, qu'est-ce qui... C'est quoi ? C'est ça ? C'est cette euh mauvaise identification, ou c'est aussi une question de de culture ou de de process ?

Benjamin Wayenberg : Dans les MBI, tu veux dire ?

Amélie Alleman : Ouais, ouais.

Benjamin Wayenberg : Alors, évidemment, je peux te donner un cours ex cathedra, les les réponses euh peuvent être ultra-exhaustives, mais sur les MBI particulièrement, et c'est une des raisons pour lesquelles on ne le fait pas, euh c'est que le repreneur, en fait, n'a pas l'expérience euh, du métier. Il connaît l'activité en surplomb, mais il n'a pas cette connaissance granulaire euh, nécessaire pour opérer euh la PME. Et honnêtement, dans une PME, l'approximation opérationnelle, euh, ne pardonne pas. La deuxième chose évidemment qui découle de ça, c'est que, ben, il n'a pas la légitimité, d'abord, envers ses équipes, puis envers ses clients, puis souvent envers lui-même, euh et voilà, il commence à prendre des décisions molles, il n'arrive pas à s'imposer, euh, sa légitimité est contestée, et euh, et donc c'est principalement pour ça qu'on ne fait pas de de MBI.

Amélie Alleman : D'accord. Et pour un repreneur, c'est, c'est quoi vraiment tes... tes conseils euh, que tu donnerais, pour que ça se passe bien ?

Benjamin Wayenberg : Pré, pendant l'acquisition, ou post-acquisition ?

Amélie Alleman : Je... Les trois.

Benjamin Wayenberg : Ouais, vas-y. Ben pré-acquisition...

Amélie Alleman : C'est quand même un gros, gros sujet, hein, donc euh...

Benjamin Wayenberg : Ouais, c'est un très gros sujet. Alors euh, pré-acquisition, je l'inviterais à collaborer avec vous.

Amélie Alleman : Je voulais pas trop vendre ma came, mais bon...

Benjamin Wayenberg : Non, mais euh, pré-acquisition, je pense que c'est important de vraiment comprendre l'activité de la PME, et pas uniquement sous une analyse euh des chiffres. Mais vraiment de comprendre comment elle fonctionne en détail, et aussi de comprendre le projet euh du cédant. Euh, quand tu poses des questions à celui-ci, euh, il y a... pas mal de non-dits, d'éléments qui ressortent, euh, qui peuvent te donner euh, vraiment une réelle conviction sur la PME, et qui ne sont pas repris dans les chiffres. Je peux te donner un exemple très concret, sans m'étaler, euh, un cédant qui me dit euh, ben oui ça fait 40 ans qu'on travaille euh avec monsieur X, il nous respecte, on va même déjeuner ensemble, c'est un client euh, voilà, qui est récurrent, euh, ben ça peut te rassurer, te dire bah tiens, effectivement, ce client sera là encore après. Pour moi, c'est un peu un red flag. Euh, c'est potentiellement que euh, il y a une connivence entre le cédant et cette personne, euh et que, ce sera plutôt un point d'attention. Donc c'est vraiment d'aller poser des questions qui vont euh, faire parler euh le cédant, euh, les chiffres, pour avoir une bonne appréciation générale de de l'activité. Euh, au moment de la reprise, j'ai énormément de conseils, mais peut-être le principal, c'est vraiment de se concentrer sur euh sur le top line. Sur trois choses euh, essentielles euh qui sera principalement, selon moi, la vente. C'est ce que je répète à mes... à à tous mes CEOs, et euh et voilà, je je, ça c'est déjà pas mal.

Amélie Alleman : Sur la vente ?

Benjamin Wayenberg : Sur la vente, ouais. Ouais.

Amélie Alleman : Et, et il y aurait d'autres d'autres euh... d'autres points vraiment d'attention que tu pourrais donner, comme ça ?

Benjamin Wayenberg : Alors oui, au moment de la reprise, ce n'est pas parce que tu as une affection avec l'activité, euh, que tu la connais quoi. Souvent, il y a le fantasme de 'Je veux être mon propre patron, euh je veux reprendre une PME', et euh, et puis tu réalises, en fait, que la réalité économique d'une... d'une PME, euh, c'est tout autre chose. Euh, donc... tu as une expertise dans une industrie, tu as envie de reprendre une PME, tu es sûr euh, que c'est ça, vas-y fonce. Euh, néanmoins, si euh, c'est un fantasme, et que tu hésites entre l'un ou l'autre projet, euh n'y va pas honnêtement.

Amélie Alleman : Tu dis parfois à certains euh potentiels repreneurs ?

Benjamin Wayenberg : Ouais, repreneurs... Ouais. Que tu vois pas l'alignement ?

Benjamin Wayenberg : Ouais, tout à fait. C'est bien simple, en fait généralement, euh s'il hésite entre, et qu'il t'appelle et qu'il te dit : 'Voilà, j'hésite entre reprendre une PME, euh, devenir consultant, retrouver un job, ou lancer une start-up', euh je lui dis honnêtement 'Soit tu es pas prêt, soit tu es pas fait pour ça quoi'. Ça, c'est la première chose. Donc euh... ouais.

Amélie Alleman : Il doit avoir un projet clair...

Benjamin Wayenberg : En fait, au plus simple et clair est le projet, et du côté repreneur et du côté cédant, au plus rapide et au plus simple se... se fait le matching et et la transaction. Euh, c'est clair que si tu... viens avec un repreneur qui a été électricien dans un... qui a commencé en tant qu'électricien dans une société euh qui est liée euh à l'électrique, euh qu'il est monté, qu'il est devenu commercial, qu'il est devenu adjoint du DG, et que tu arrives avec lui euh comme repreneur auprès d'un cédant, euh il y a déjà de la confiance, il y a déjà de la légitimité, il sait ce qu'il doit mettre en place. Si tu arrives avec quelqu'un, comme dans le cas du MBI, qui a zéro expérience, la... la greffe ne prend pas en fait tout simplement.

Amélie Alleman : Mais moi je connais quand même pas mal de d'entrepreneurs, qu'on crée, revendu, et puis qui reprennent des boîtes.

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : C'est quand même une toute autre optique euh...

Benjamin Wayenberg : De de reprendre une boîte ou de de de... de créer une boîte ?

Amélie Alleman : Oui, de reprendre. Mais souvent des gens qui ont créé, vendu et puis qui reprennent.

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : Tu, tu vois ça ? C'est un profil assez typique euh...

Benjamin Wayenberg : Oui, on voit ça, parce que c'est vrai qu'on demande à tous nos repreneurs euh, quand même d'avoir un peu de de de capital pour investir avec nous au moment de la reprise. C'est ce qu'on appelle le skin in the game. On a envie qu'ils soient quand même alignés euh avec nous sur celle-ci. Et on voit des repreneurs qui ont euh, vraiment des capacités financières assez conséquentes, parfois de plusieurs millions, qui proviennent justement euh, de leur exit passé. Alors euh, quand on voit quelqu'un qui te dit : 'Ben, j'ai fait ça avant, j'ai fait cet exit, et je souhaiterais euh, reprendre une entreprise dans un tout autre domaine', euh, généralement on évite. Euh, c'est dommage qu'il ait justement euh accumulé cette expertise pendant plusieurs années, bon il a peut-être une clause de non-concurrence pendant 3-4 ans qui justifie le fait qu'il veut voir autre chose, mais sinon généralement, on le redirige vers la même typologie d'activité. Euh... ouais.

Amélie Alleman : OK. Pourtant l'énergie est totalement différente.

Benjamin Wayenberg : Ouais.

Amélie Alleman : Et j'imagine que ça doit être aussi euh... Assez... ouais, entre créer, faire grandir et puis reprendre, ça doit être quand même un autre métier ?

Benjamin Wayenberg : Bien sûr. Tu viens avec toute une historique, toute une culture, euh... Et tu sais la culture euh, que tu as dans les PME, c'est pas celle euh que te dit le... que te décrit le cédant. Euh, c'est fait de non-dits, c'est fait de compromis, c'est fait euh, euh d'un historique euh parfois accumulé sur des dizaines d'années. Euh et j'ai compris quelque chose d'ailleurs euh, récemment, qui peut-être un bon conseil euh, euh pour ce podcast, euh c'est que tant que tu n'avais pas montré que tu respectais cette histoire, tu ne pouvais pas transformer l'entreprise euh sans être confronté en fait à... à une réticence à ce changement. Euh... tu vois, c'est très important que, quand tu... reprends cette PME, tu sois vraiment bien impliqué dans celle-ci, que tu comprennes comment elle a opéré jusqu'aujourd'hui, et euh et que les changements que tu amènes, bah... voilà enfin, sur euh... la transformation d'une entreprise, il y a... c'est tout un sujet. Donc euh, on y reviendra peut-être.

Amélie Alleman : Ouais, il y a beaucoup de sagesse hein là-dedans.

Benjamin Wayenberg : Non mais euh, oui, il faut beaucoup de sagesse je crois, ouais.

Amélie Alleman : Est-ce que tu as, peut-être, pour, pour conclure, quelques conseils, ou quelques ressources, ou choses à partager... encore, que je ne t'aurais pas demandées, qui pourraient être intéressantes ?

Benjamin Wayenberg : Ben écoute, euh, euh... vraiment moi je passe mes journées à parler avec des repreneurs ou à parler avec des cédants. Euh, donc s'il y a quelqu'un qui écoute, qui souhaite transmettre son entreprise, euh, qu'il n'hésite pas à m'appeler. Même pour un conseil, euh, même si ça rentre pas dans le cadre du... du modèle de Purple Shares. Euh, et effectivement je crois que si tu veux vraiment avoir des conseils qui soient pertinents, faut rentrer dans le vif du sujet euh, de chaque étape, que ce soit euh, pré-reprise, post-reprise, euh, ou euh... ou au moment de la transaction quoi. C'est vraiment trois sujets bien distincts, euh, et sur lesquels euh, il y a des problématiques à chaque étage. Euh, donc voilà.

Amélie Alleman : On te contacte euh, sur LinkedIn ?

Benjamin Wayenberg : Sur LinkedIn, par email... bwayenberg@purpleshares.com, enfin... Où tu veux.

Amélie Alleman : Super. Ben un grand merci pour ton temps.

Benjamin Wayenberg : Merci à toi.

Amélie Alleman : Merci pour tout ce que tu nous as apporté, super intéressant.

Benjamin Wayenberg : Avec plaisir, merci. Merci pour cette invitation.

Voix off : Alors j'espère que vous avez aimé ce podcast. N'hésitez pas à nous liker, nous commenter sur les réseaux sociaux, et à surtout partager euh le podcast auprès de vos amis. Abonnez-vous, hein, on est disponible sur toutes les grandes plateformes de podcast. Et euh, ben j'espère, à très bientôt.