Épisode #13

La résilience entrepreneuriale : du pitch au marathon

avec Ben Piquard, Chief Happy-Culteur PI4MGT

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La résilience entrepreneuriale : du pitch au marathon

Pitcher son projet.
Se retrouver face à des investisseurs.
Expliquer, convaincre… et parfois repartir avec plus de questions que de réponses.

Dans cet épisode du WIP Club, Amélie reçoit Ben Piquard, qui voit passer chaque année des centaines de startups. Des projets brillants, des entrepreneurs passionnés… et une réalité souvent plus nuancée que ce que l’on imagine.

Car derrière le pitch parfait, il y a un jeu plus complexe.
Un jeu d’agenda, de timing, de grille de lecture.
Un jeu où l’émotion rencontre la rationalité.
Et où comprendre l’autre devient aussi important que défendre son projet.

Le marathon s’invite dans la discussion.

Parce qu’entreprendre, au fond, c’est un peu la même chose.
Tu avances. Tu doutes. Tu t’accroches.
Parfois tu te demandes ce que tu fais là.
Et pourtant… tu continues.

Ben partage une conviction forte :ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement l’idée. Ce n’est même pas le pitch. C’est la capacité à tenir.
À encaisser.
À rester lucide quand ça devient difficile.
À continuer quand ce n’est plus confortable.

Entre anecdotes, expérience terrain et réflexions sans filtre, cet épisode remet l’essentiel au centre : entreprendre, c’est comprendre les règles du jeu mais surtout… apprendre à durer dans le jeu

🎧 Un épisode à écouter pour tous ceux qui construisent, qui doutent, qui avancent… et qui savent que le plus dur n’est pas de commencer, mais de tenir.

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La retranscription du podcast, c'est par ici ...

Amélie : Aujourd'hui je suis en compagnie de Ben Piquard. Ben, bonjour.

Ben : Bonjour Amélie.

Amélie : Je suis très contente que tu aies accepté mon invitation, merci.

Ben : Merci à toi.

Amélie : On se connaît depuis quelques années... et puis récemment tu as rejoint également le board de Jobloom, donc déjà merci. Je te laisse te présenter ?

Ben : Oui c'est toujours compliqué de se présenter, donc je suis Ben Piquard, je suis économiste et j'ai travaillé une bonne quinzaine d'années disons pour pas mal de boîtes dans le secteur IT, principalement dans des fonctions technico-commerciales. Et depuis 15 ans maintenant, j'accompagne des startups, je suis indépendant, j'accompagne des startups et des projets d'entrepreneurs, principalement pour un fond d'investissement à Liège.

Amélie : Donc ça fait 15 ans que tu vois des startups pitcher à longueur de semaines, de mois ?

Ben : Ah oui. Oui oui. C'est sûr que... en matière de startups, j'ai inventé un concept qui s'appelle le One Hour Challenge. En fait, il y a... si on remonte en 2010, 2012 par là, on voyait souvent des startups qui venaient pitcher dans des concours de pitch. Alors à l'époque elles avaient un quart d'heure, puis c'est devenu 10 minutes, puis 7 minutes, puis 5 minutes. J'ai même vu des concours, des endroits où la startup avait 2 minutes pour se présenter. Ça, ça me paraissait totalement impossible. Il y a d'excellents projets qui sont portés par des gens qui ne savent pas pitcher, et donc je me suis dit il faut que ça s'arrête. Donc j'ai inventé le concept de One Hour Challenge, une heure, avec un format un peu structuré classique, et je laisse aux startups le temps de nous raconter ou de me raconter leur histoire. Alors comme dans mon boulot je fais pas mal de scouting de startups, donc je rencontre des startups pour les présenter à différents fonds d'investissement, mais principalement LeanSquare. En une heure, je ne sais pas si on va investir dans le projet, mais en tout cas je sais déjà si éventuellement la startup ne rentre pas dans la thèse d'investissement de LeanSquare le cas échéant ou de Noshaq s'il s'agit d'un projet dans un autre sujet. Donc en une heure, ça permet d'avoir une écoute, d'être bienveillant, d'éventuellement réorienter la startup vers d'autres gens, et puis ça constitue un bagage de toujours d'intéressantes rencontres. J'en vois je sais pas, 300 par an à peu près, depuis un bon moment.

Amélie : Ah c'est fameux ça.

Ben : C'est intéressant. Oui oui, c'est intéressant.

Amélie : Mais n'empêche c'est très, enfin moi j'ai pitché Ben devant toi l'an passé. J'avais jamais fait ça. Et c'est quand même un fameux exercice, hein ?

Ben : Alors c'est compliqué, c'est c'est le pitch c'est c'est un exercice en soi. Mais c'est surtout un exercice asymétrique, il y a une intention. L'intention du pitch c'est forcément pour la startup ou l'entrepreneur, généralement d'aller chercher des fonds. Et pour l'investisseur, bah c'est de rencontrer des startups. Alors le jeu est asymétrique. Je vois ça un peu comme la personne qui va chercher un crédit hypothécaire à sa banque. Le banquier bah il voit 5, 10, 20, 20 personnes qui demandent des crédits tous les jours. Bah ici la startup c'est pareil, moi je vois 300 startups par an, le gars ou la fille qui vient pitcher, il va peut-être pitcher, c'est peut-être la première fois qu'il lève des fonds, il a peut-être fait une ou deux, trois startups parce qu'il y a des serial entrepreneurs. Mais en gros le jeu est totalement inégal. Et euh souvent les gens oublient que pitcher, c'est d'abord rencontrer l'agenda de l'interlocuteur avec lequel on discute et que bah il faut bien comprendre finalement comment fonctionne un investisseur. On pourrait rentrer dans le sujet si ça nous intéresse, mais en gros l'investisseur effectivement il cherche à mettre ses sous pour une certaine raison dans des projets dont il a défini des critères. Alors je suis un peu général mais il faut vraiment piger ce qu'on appelle la thèse d'investissement. Quel est l'objet d'investissement de l'investisseur qu'on va voir ? On va voir un public, on va voir un privé, on va voir un fond, on va voir différents types de fonds. Tous ces gens se sont définis évidemment des règles très précises, des cases à cocher de quelle sorte de projet ont-ils envie d'investir. Voilà.

Amélie : C'est vrai qu'on l'oublie avec naïveté, parce que l'entrepreneur quand il vient bah il a son projet et il veut raconter son projet avec passion. Et puis je trouve que entre le premier pitch et le 50ème ou 30ème, il y a une différence énorme. Enfin moi j'ai beaucoup appris. J'ai pas spécialement aimé au début parce que je trouve que c'était quand même un travail conséquent. Mais après une fois que tu rentres dans le jeu et que tu comprends et qu'il commence à y avoir une certaine dynamique, je trouve que ça devient beaucoup plus gai.

Ben : Tant mieux je dirais. En réalité je pense que le pitch est d'abord une rencontre. Le CV est d'abord une rencontre, mais le CV n'est jamais que l'opportunité d'avoir un rendez-vous et le rendez-vous, un second, un troisième jusqu'à un moment donné signer l'engagement. Je pense que le pitch d'une certaine façon est dans la même logique, on est dans une logique d'entonnoir, presque de funnel commercial et on doit se demander : quelle est ma destination finale et comment est-ce que j'avance ? Alors déjà avoir un raisonnement, j'appelle ça moi fonctionnel, sur ses rendez-vous, sur ce qu'on fait, sur "je vais au pitch, qu'est-ce que je veux en sortir" etc., c'est quasiment une démarche de commercial, de sales, voire de stratège qui n'est pas nécessairement la posture ni même l'attitude, ni même nécessairement les compétences de base d'un ingénieur ou d'un entrepreneur passionné, qui est en général d'abord passionné par son produit, bon, éventuellement le service qu'il va rendre à ses clients (ça m'intéresse déjà un peu plus), ou sa façon de changer le monde (ça je suis toujours plus inquiet). Mais bon c'est en gros les trois endroits où dans le business model canvas l'entrepreneur va aller mettre son premier post-it quoi. Moi j'ai repéré des clients, je suis un génie ou je vais changer le monde. Bon, selon l'endroit où il met le post-it, c'est déjà très indiquant, mais surtout ce qu'il faut bien piger c'est la sorte d'investisseur. Et le nombre d'investisseurs a terriblement... enfin pas le nombre, mais surtout les sortes d'investisseurs ont terriblement évolué ces dernières années. Ce qui d'un côté est très bien, ça veut dire qu'il y a de l'argent à investir sur le marché dans des projets de PME et de startups, et ce qui est aussi compliqué parce qu'il faut une espèce de lecture critique du sorte de partenaire, du sorte d'investisseur. C'est toujours des belles-mères en fait, donc il faut choisir la belle-mère qui va t'embêter le moins. Et généralement une combinaison, parce que la plupart veulent pas y aller tout seuls, ils y vont à plusieurs. Et donc il faut trouver... il faut monter l'équipe de belles-mères qui va le mieux te convenir pour la suite. Et là il faut bien piger qu'il y a des gens qui viennent avec vraiment des... tu as des fonds publics qui veulent développer l'emploi local, tu vas avoir des gens qui vont être les représentants d'un secteur, il faut vraiment se demander pourquoi les gens investissent. Tu as des gens qui investissent pour gagner de l'argent, tu as des gens qui investissent pour transformer l'économie ou le territoire. Tu as des privés qui trouvent ça chouette mais qui se sont pas posé de questions. Tu as aussi des privés qui sont très engagés. Donc il faut vraiment vraiment bien comprendre euh le why hein finalement, le "qu'est-ce que l'investisseur vient faire là ?" J'ai connu, je raconte toujours en blaguant, des gars qui investissent parce que bon bah voilà, ils ont un peu les moyens, ils sont retraités, tant mieux, et en gros leur épouse a un club de tricot le mercredi après-midi, enfin je plaisante un peu, et elle leur dit "mais occupe-toi quoi, fais quelque chose". Et le gars s'occupe, mais c'est pas nécessairement le bon partenaire. Et à l'inverse il y a des anciens entrepreneurs de grande qualité qui ont envie de transmettre, qui se disent bah moi la société m'a donné, je veux rendre. Bon, selon l'interlocuteur sur lequel on tombe, on n'est évidemment pas du tout servi de la même façon quoi.

Amélie : Ouais. Je pense que c'est vrai. Une fois que tu as compris l'agenda, et que tu mets de côté la frustration que ta passion ne rencontre pas l'agenda de tout le monde, c'est déjà une très bonne chose. Tu as des conseils, toi, pour le pitch, j'oserais dire parfait ?

Ben : Le pitch parfait... Bon il y a l'excellent bouquin de mon ami Bruno Wattenbergh qui vient de sortir. Euh bon, très fouillé hein, à la Bruno. Non, pour moi le pitch parfait, c'est le pitch qui va permettre finalement de bien faire connaissance, de comprendre mutuellement ce que euh on est capable de faire, ce qu'on attend, ce qu'on a besoin. Le pitch parfait... et et je vais peut-être rebondir sur ce que tu disais tout au début, ça me plaisait pas, puis j'ai avancé, puis ça m'intéressait... Le vrai bon pitch devrait être une interrogation sur où on en est dans son projet aussi en tant qu'entrepreneur. La plupart des pitchs un peu structurés vers des fonds, bah il y a une structure : c'est quoi le problème, quel est le marché, quel est l'impact, qu'est-ce qu'on propose, comment est-ce qu'on transforme le, comment est-ce qu'on crée de la valeur pour le client, est-ce qu'on a des histoires, est-ce qu'on a un go to market. Normalement, on a à la croisée d'un chemin. Bah voilà j'ai commencé à trouver euh un début d'équation économique où je comprends comment ça marche. Donc je dois faire un grand saut qualitatif dans mon projet, je peux continuer comme ça le temps joue contre moi (le temps c'est quand même le gros ennemi hein). Je pense que dans les facteurs qui détruisent de la valeur le temps est sans doute le... ce qui casse le plus les projets en fait, tous les projets meurent. Keynes le disait hein, à long terme on sera tous morts, bah oui. Et donc, puisque j'ai besoin de temps, je cherche à lever un montant. J'ai une vision précise de ce que je veux faire, je n'achète pas 12 mois, non, j'ai des objectifs à 12 mois et si je disposais, j'ai un plan sur comment l'exécuter, si je disposais des moyens d'exécution de ce plan, alors je vous emmène à un étage supérieur de d'énergie de mon projet. Ça c'est un peu le pitch parfait. Et en principe, ça devrait rencontrer les attentes d'un investisseur qui s'attend à ce que l'entrepreneur bah soit robuste, enfin déjà comprenne, il ou elle comprend euh quelle est sa situation, il ou elle comprend son marché, comment exécuter hein, l'exécution c'est plus que la stratégie, et est capable finalement de de s'embarquer dans une aventure dont on va pouvoir voir si on est dans la trajectoire qu'on s'est fixée. Ça c'est vraiment l'histoire idéale. Bon, ça n'arrive jamais, la plupart des investisseurs (enfin, ça arrive) mais la plupart des investisseurs ont donc une espèce de grille de lecture multi-critères et vont essayer de mettre les curseurs à "où se trouve le projet". Et généralement disent "ok nous on investit dans tous les projets dont tous les critères dépassent je sais pas moi 7 sur 10", ou aussi "les projets dont un ou deux critères seraient en dessous mais si les autres sont remarquables" et si le projet met l'accent sur la compréhension, mitige les risques hein, comprend les critères qui ne vont pas et s'en occupe quoi. Bon, c'est un peu technique mais euh voilà. En gros (et là je suis un peu trop long) les investisseurs qui mettent leur propre argent sont généralement plus flexibles parce qu'ils peuvent y aller un peu plus à l'émotion. Mais la plupart des gens qui investissent investissent l'argent des autres. Donc ont des comptes à rendre quant à "pourquoi as-tu investi dans euh tel ou tel projet ?". "Bah parce que au moment où on a fait l'analyse, il rencontrait bien, dans ce qu'on appelle la due diligence hein, notre analyse de la situation, les critères que nous nous étions fixés". Et donc c'est un jeu finalement de comprendre quels sont les critères et de donner une réponse la plus cohérente possible. Ce qui nécessite un exercice d'introspection. J'allais le dire, un travail d'introspection.

Amélie : Ça fait grandir très fort.

Ben : Ah ben normalement oui. Moi on me dit toujours "ouais t'es un emmerdeur, tu embêtes toutes les startups". Non, je pose les questions qui sont... parce qu'on n'est pas dans de la science, c'est pas de la science fusée, ça réussit... il y a pas une recette sur comment réussir un projet. Donc on est... mais y a... Si on ne sait pas comment réussir un projet (il y a toutes les études, tous les éléments mais c'est des facteurs, il faut saisir sa chance, il faut pivoter au bon moment, machin, il y a rien de matériel sur comment réussir son projet), mais par contre, on comprend très bien comment le rater. Et donc ça... toutes les études sur comment rater son projet sont bien, bien précises. Et donc en gros, la plupart des investisseurs se sont construit une espèce de modèle à l'envers, où ils vont essayer de regarder quels sont les projets qui ne sont pas en train de rater et et qui auraient une chance de réussir. Enfin je caricature un peu, mais c'est comme ça.

Amélie : C'est une façon de voir que tu as cette gestion du risque en fait, elle est là pour fermer toutes les portes de "est-ce que je vais perdre mon argent", ce qui est logique.

Ben : Ce qui est logique. Par contre, les facteurs de réussite, on sera beaucoup plus dans de la robustesse, de la résilience, euh une capacité à rebondir, à passer à travers les difficultés. Et ça, c'est des qualités beaucoup plus humaines, beaucoup plus liées finalement à la... à la charge émotionnelle et mentale de l'entrepreneur ou de l'entrepreneuse quoi.

Amélie : Hm. Mais euh, oui je trouve que de cette expérience-là, les vraiment rencontrer différents fonds avec des questions, avec des profils plus professionnels, qui te challengent et tout, te challenge toi et te font grandir ton projet même s'ils n'investissent pas parce que tu tu gagnes en compétences parce qu'ils sont spécialistes dans un domaine et cetera et cetera, donc c'est...

Ben : Et et ça convergeait ? Les questions des uns et des autres, pas toujours, hein ?

Amélie : Mais il y a tellement ce côté subjectif euh frustrant euh parce que tu vois que bah t'as pas spécialement un entrepreneur ou alors tu as l'impression qu'ils comprennent pas ton vécu. Ah une fois que t'as grandi, que t'as passé ça euh je pense que simplement il faut avoir la maturité de se dire que tu corresponds ou non à la grille, et qu'il y a aussi des facteurs externes qui correspondent ou non à toi, ta trajectoire à un moment t. Et puis c'est tout, quoi.

Ben : Absolument. Moi c'est ce que je dis toujours aux jeunes ou moins jeunes que je rencontre dans les One Hour Challenge, je dis : "Écoute, ton projet n'est pas bon ou mauvais. Ton projet ne va pas rentrer... Voici la grille par exemple de LeanSquare, voici la grille de tel ou tel autre fond d'investissement, et tu corresponds mieux à la grille. Et si tu espères lever des fonds avec eux, bah euh, soit tu rentres dans leur grille (bon), soit tu changes de fond et tu trouves des gens qui te correspondent mieux". Voilà. Et il n'y a pas de recette. C'est quelque part unfair hein (je vais pas dire malhonnête c'est une mauvaise traduction), c'est c'est pas juste, quoi. Mais euh c'est un petit peu le the rule of the game quoi. Ouais, à fond.

Amélie : Et de voir tous ces tous ces pitchs, tous ces entrepreneurs, tous ces projets euh comment tu ouais tu vas me dire tu as ta grille de lecture qui t'est propre, mais il y a des choses que...

Ben : Qui est celle de LeanSquare, hein, qui n'est pas... enfin ou celle des fonds pour lesquels je travaille hein, mais ouais.

Amélie : Oui, tout à fait c'est vrai. Mais tu, tu vois des récurrences dans certains euh facteurs que tu dises "ouais celui-là ça tient la route" ou "lui j'y crois" ou enfin, comment est-ce que tu dis "ouais celui-là il sera toujours là dans 3 ans ou 5 ans" ou "celui-là pas" ?

Ben : Alors il y a quand même donc, on vient sur la partie compliquée. Qu'est-ce qui fait les les projets qui tiennent la route ? Je pour moi il y a une notion de de de robustesse, de profondeur... quand même d'équilibre. Si on s'en tenait à un niveau technique, je dirais, moi je connais pas de boîte qui réussisse... Tu as un tout bon commercial, tu as pas de produit, tu vas le vendre mais ça tiendra pas la route. Tu as un très bon produit, tu sais pas le vendre, ça va pas aller non plus. Donc il y a quand même, en absolu, une, à un moment donné on doit pouvoir un peu tout faire, tout faire ou ou déléguer des parties, mais en tout cas, à un moment donné il y a quand même une notion de euh il faut être multi-casquette où où il y a en tout cas tous les volets de l'entreprise doivent venir. On doit on doit à un moment donné avoir une finance solide, de la vente solide, du marketing solide. Tout doit avoir un minimum de solidité. Euh c'est c'est comme une table à 4 pieds sauf qu'elle en a euh 50 000 et euh dès qu'il y a un pied qui va moins bien, on va à la vitesse du du pied qui va le moins bien. Tôt ou tard, ça nous revient toujours euh dans la tronche. Maintenant, en absolu, le critère qui me semble quand même le... c'est c'est un peu la théorie des 10 000 heures, hein. Euh, tu fais 10 000 heures de violon, bah même si tu joues pas très bien, tu finiras par jouer. Tu fais euh, tu te donnes à fond hein (tu as eu Isabelle Weemaels hein qui se donne à fond dans le dans dans l'ultra trail, bah si tu vas faire de l'ultra trail à ce niveau-là, il faut te donner à fond). Donc en gros, il y a quand même une notion de se donner à fond, quoi, hein. Euh, on ne sait pas faire 50 000 trucs en même temps, touche-à-tout. Je sais pas, l'entrepreneur, mais euh c'est c'est quand même disons une forme d'excellence. C'est c'est l'excellence qui crée la robustesse. Et c'est la capacité à passer à travers toutes les frustrations. L'entrepreneur est généralement quand même fort isolé, et et il faut pouvoir tenir euh, ben tout seul avec son équipe (mais bon les gars au-dessus de son équipe). C'est c'est c'est pas évident effectivement de mener à bien un projet durant des semaines, des mois, des années, hein (la durée de vie d'un projet startup c'est euh 5-7 ans, parfois plus long, parfois moins). Enfin disons, on va dire qu'on est sur une base de 7. Bah il faut quand même tenir 7 ans tout seul. Euh moi je connais pas mal d'entrepreneurs qui euh après avoir vendu euh ont totalement changé de vie, sont devenus dépressifs... Donc il y a quand même une dimension humaine, une robustesse euh robustesse à avoir, quoi. Robustesse, résilience. C'est ça. Ouais.

Amélie : Question piège, hein, comment tu testes la résilience de quelqu'un en quelques meetings comme ça ?

Ben : Alors, en quelques meetings tu ne le fais pas. Tu tu lui fais raconter sa vie... Je connais des incubateurs par exemple qui font euh des tests psychologiques, machin, tout ça. Moi j'y crois pas trop. J'ai connu un gars qui emmenait euh (on pourrait pas facilement deviner qui c'est) ...

Amélie : C'est dans les bois...

Ben : Ah oui, ça pourrait, en les emmenant en bateau. En bateau à voile. Moi j'ai fait pas mal de bateau à voile, et je me souviens d'une situation où on est sur un J80, un petit bateau de course, ça se pilote à quatre, c'est assez sportif. Et à un moment donné, euh, il y a notre numéro 1 (une petite nana d'une trentaine d'années, euh, très chouette) et par erreur, elle winche à l'envers. Donc en gros, elle prend la corde... elle la met dans le mauvais sens. Tentative de virage... krrkk ! Le foc est coincé, il fait je sais pas combien de mètres carrés, le bateau se retourne... Enfin une situation un peu stressante, on est à 2 km de Saint-Malo, dans un grand vent. On va se retourner. Et là, là on voit vraiment le l'esprit d'équipe, la lucidité, quoi. Et donc on est quatre. Le le barreur garde la barre. Moi je suis au milieu, bon bah j'essaie de tenir le truc. Et dans les deux de devant, il y en a un qui fonce à l'intérieur du bateau, qui va se planquer. (Bon, si on se retourne, c'est pas très malin parce qu'il va se retrouver noyé, mais bon le gars file là). Et la fille, elle, qui qui avait fait une erreur, sort clac un opinel euh à cran d'arrêt, elle ouvre son opinel au milieu du bateau, clac, elle tranche la corde (ce qui évidemment euh évite de se retourner). On ne savait pas, et donc avec une un calme et une lucidité extraordinaire, elle sort son couteau, elle l'ouvre d'un coup, elle tranche la corde, et voilà le problème est résolu. Et ben là on s'est sorti du du truc quoi. Et elle dit "Ah, je suis vraiment désolée, j'ai winché à l'envers". Bah ouais, bon c'est pas grave, mais voilà. Très calmement elle résout le problème. Bon on est quand même retourné euh, ça nous a coûté quelques verres de rhum avec les secours après, mais on s'en est sorti euh plutôt tranquille, quoi.

Amélie : Allez. Bon ben, je suis contente de pas avoir dû aller en bateau avec toi.

Ben : Malheureusement on ne peut pas emmener, on ne peut pas emmener tout le monde en bateau, mais ce serait très instructif en fait. Voilà.

Amélie : Écoute je repense à Bernard, qui est un de mes investisseurs, qui fait de la voile.

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Amélie : Également grand grand marathonien ?

Ben : Grand grand euh, je sais pas...

Amélie : Bah combien là ?

Ben : Bah je suis à 65. Ouais, on peut dire grand grand, ben... Bon après, je suis un coureur un peu lourd, hein. J'ai un record à 3h48, donc c'est pas, c'est modeste. Je suis, je suis dans la... à une époque, j'étais encore dans la médiane du peloton. Hein, donc autant devant que derrière. Aujourd'hui bon ben je suis un peu derrière. Mais euh oui j'en ai fait 11 l'année passée et euh je suis passé à un mode plus tranquille quoi. J'accompagne des potes, je cours, j'essaie d'en faire un ou deux à moitié correctement, et le reste du temps bah je me balade ou je fais meneur d'allure. Je... à Namur par exemple, j'ai j'ai emmené l'année passée le groupe des 5h30. Alors 5h30 c'est des débutants en général, ou des gens qui essayent, il y a un gars qui a répondu à un pari de ses potes ("Ouais, t'es trop gros, tu courras jamais un marathon !"), 3 semaines avant, il s'inscrit au marathon. (C'est un peu fou, oui, oui). Et donc on est une petite vingtaine. Et euh, une petite vingtaine au début, une petite vingtaine à la fin, pas tout à fait les mêmes. On en a perdu 5, on en a ramassé 5. Voilà. Et on a fait 5h28, 50 pour 5h30, donc c'était c'était cool quoi. Ouais, ouais.

Amélie : Ouais. Je me souviens, il y a quelques années, tu m'as dit que tu courais euh au château de la Hulpe. Et "si tu veux venir courir"... mais jamais j'aurais osé dire oui.

Ben : Ah c'est vrai ? Ah ouais. Marrant. Parce que tu as, tu as fait trois marathons, hein, si je ne me trompe de ton côté ?

Amélie : Euh, deux.

Ben : Deux ?

Amélie : Deux. Ouais ouais, dont un dans le sable... à la Côte d'Opale.

Ben : Ah ouais ouais, super.

Amélie : Et le marathon de Namur, le premier de Namur.

Ben : Ouais ouais, le premier de Namur.

Amélie : Je me souviens, à un moment donné j'étais au bout de ma vie, il pleuvait, il y avait des problèmes de flotte aussi, hein. Une mauvaise édition. Ouais. Et puis, à un moment donné, j'ai cru que je, enfin voilà, que j'étais au bout, que ça n'allait plus, quoi. Et là je vois que je suis à Wépion, quoi. "Ah, j'aime bien, non, encore toute cette ligne droite pour rentrer sur... sur Jambes". Mais c'est quelque chose, hein.

Ben : Moi je trouve que c'est très intéressant. C'est un voyage, c'est chouette. Le le marathon, et la préparation du marathon... C'est le plus important, ouais. ... normalement, quand tu... allez, donc j'en ai à 65, je cours des marathons depuis 25 ans, et euh, au début j'en faisais un ou deux par an, voilà. Mais au bout de 10 marathons, au bout de 5 kilomètres, je peux te dire à 2-3 minutes près combien je ferai à l'arrivée. Ça tu te connais bien, hein ? Et, tout comme je peux te donner mon rythme cardiaque sans cardio. Par exemple. Et euh, bon bah aussi à 2-3 pulsations près. Mais euh, mais donc ça évidemment, c'est le résultat d'un voyage, d'un travail sur soi qui consiste effectivement à bien se connaître, bien se comprendre. Et c'est évidemment intéressant, c'est le même, quelque part, le même travail qu'on observe chez les entrepreneurs résilients. Ils ils savent aussi très très bien ce qu'ils peuvent tenter, pas tenter. Donc c'est c'est ce même exercice (c'est Bertolt Brecht qui disait, hein, avec tes amis... moi je l'ai transposé : et avec toi-même, il faut être très exigeant et très tolérant). Et cette espèce de de compromis euh, enfin pas de compromis, de de way of life finalement, me me semble une approche assez intéressante quoi. L'exigence et la bienveillance. Bah qui fait que tu pousses, mais en même temps, tu sais aussi quand quand tu dois t'arrêter, et quand il ne faut pas trop pousser quoi.

Amélie : Tu sais ou tu sais pas, tu apprends en tout cas. Le premier tu apprends. Je me souviens de mon dernier kilomètre, comme, oh là là...

Ben : Ah ben et donc au marathon, effectivement, bah en gros, tu te prépares pour un marathon, tu vas toujours faire 25 kilomètres, ça va aller. Enfin, moi je me souviens une fois à Paris, je marchais au 19ème, je me suis dit "ça ça va être long". Mais bon, en général, tu vas jusqu'à euh 25, tu te poses des questions de 25 à 30, et puis là, euh, là tu te demandes : qu'est-ce que je fais là quoi ? Et avec le temps, je me suis rendu compte qu'aller de 30 à 37, c'était un peu compliqué, mais à partir de 37 tu vois la fin. Et au début je faisais 42. Puis à un moment donné, je me suis dit : non, tu fais 41 et puis tu profites. Et maintenant, je ne fais plus que 40 km quand je fais un marathon, et j'ai deux pour profiter. Et donc j'ai réduit le marathon mentalement : je fais 5 km d'échauffement maintenant, 27 km dans le tempo (ok, donc ça fait déjà 32), et puis j'en fais encore 8 un peu dans la difficulté, mais ce n'est plus que 8 dans la difficulté, et 2 dans le bonheur d'être à nouveau finisher.

Amélie : Parce que moi je n'ai pas encore connu ce bonheur d'être finisher.

Ben : Ah ben si, on est, on est finisher dès qu'on a fini.

Amélie : Ouais, mais moi je suis finisher quand j'ai fini, hein.

Ben : Ah ouais, ouais, ouais, oui. Donc le marathon ne représente plus que 8 km de difficultés découpées comme ça.

Amélie : Ah c'est beau ça, écoute.

Ben : Et du coup bah j'ai allongé, donc maintenant je fais des 100. Voilà.

Amélie : Et tu as, je pense que tu as un podcast ?

Ben : Oui. Oui oui, depuis quelques semaines, en fait, bah cette année, dans ma logique de euh marathon plaisir, hein finalement, euh, et finalement un peu de de happy culture dans la vie, hein, euh voilà. J'ai, j'ai emmené une série... Enfin, j'ai pas mal de potes, en fait, qui m'ont demandé : "Ouais, on aimerait bien courir un marathon, gna gna gna", et je leur ai recommandé, enfin recommandé, j'ai dit : "Écoutez, si ça vous intéresse, je cours avec vous le marathon du Brabant Wallon, qui a lieu le 20 juin cette année, euh, qui démarre à 16h, c'est un marathon d'été. (Ah oui, chouette). Oui en ligne, donc on va on va se balader de de Ramillies à Jodoigne, et je dis "Je viens avec vous, et si tu veux, chaque semaine, je t'enverrai ton plan d'entraînement". "Ah ouais, super." Bon alors, bon, tant qu'à envoyer un plan d'entraînement, je me suis dit : bon comment est-ce que je vais faire ça ? Et donc j'ai écrit, créé un petit podcast qui s'appelle Je cours mon premier marathon, euh bah qui est disponible sur toutes les bonnes plateformes, hein, Spotify, Apple et et YouTube. On sort tous les lundis un podcast, on a 9 épisodes déjà, mais tous les lundis on en sort un autre, et à partir de de mars, le podcast sera en partie consacré au plan d'entraînement qui va nous emmener pendant 16 semaines de début mars au marathon du 20 juin à... avec un petit groupe qu'on va emmener en 5h15. Mais il y aura plein de gens qui vont aller plus vite forcément. Et là on a une petite quinzaine pour le moment à à faire le marathon, mais beaucoup plus sur le podcast bien entendu.

Amélie : Super, écoute j'ai pas encore écouté mais je vais, je vais faire ça.

Ben : Voilà. Moi j'aime bien quand c'est... enfin de ton expérience mais quand ça devient euh, mental. Quand tu commences à souffrir bizarrement, je trouve que là, ça devient intéressant de passer les 30, et des... parce que tu dis ok, maintenant j'ai mal, mais c'est dans la tête, et je trouve que justement le fait de le vaincre, tu as la dopamine qui fait qu'après, tu as gagné quelque chose et tu te sens euh plus en confiance.

Ben : Absolument, absolument. Docteur Ben... Docteur Ben. Oui l'importance du mental, bah c'est sûr qu'à un moment donné c'est dans ta tête, hein, c'est sûr. Euh, il ne sert à rien de marcher. En gros, euh, il faut le rationaliser : si tu marches, ça va juste durer plus longtemps. Tu tu n'auras pas moins mal. Bon, sauf, sauf vraie euh blessure, hein. Il faut quand même, il faut quand même être attentif. Il faut s'écouter : est-ce que la blessure est dans ma tête, hein, j'ai un peu la flemme (il y a cette Catherine, Catherine Lallemand là qui avait fait un petit post là ce matin, "Est-ce que j'ai un peu la flemme, ou est-ce que je suis vraiment fatiguée ?"). Bon, il faut quand même bien faire la distinction. Mais, sauf vraie blessure (hein, si tu t'es pas déchiré un truc, et au marathon en général, on est plutôt dans des blessures de charge que des blessures de rupture, donc normalement, on a pas de rupture, c'est pas arrivé), effectivement, du coup, ça devient dans la tête. Et dans la tête, bah il y a... il suffit de tenir. Après, ça se prépare. Euh, Jan Bourlet, hein, le célèbre entraîneur a maintenant, enfin, depuis des années, pratique la préparation mentale, il a toute une théorie là, d'ailleurs, euh les ondes produites par le cerveau, enfin pas lui, avec euh, différents spécialistes du cerveau, et notamment la production euh, production d'ondes alpha, qui, qui est un peu le, l'état du cerveau lorsque tu es en situation méditative. Et donc, il, il prépare par exemple les athlètes, lorsqu'ils sont dans de bonnes conditions, euh à, à pré-préparer, finalement, des connexions dans le cerveau pour rebondir euh lorsqu'émergeraient des situations euh, un peu compliquées. "Ah, j'ai un peu mal... mais non, hop ! Plusieurs chemins me reconnectent déjà vers mon objectif, et cetera, et cetera". Donc la préparation mentale, on dit "les pilotes de course ils visualisent le circuit, machin", mentalement, on peut aussi se préparer à toutes les bêtes questions qu'on peut se poser. Si au marathon, au 31ème kilomètre, tu dis "ah, je m'en sors encore bien, j'ai pas eu mal au genou", ben tu peux être certain qu'au 32, tu as mal au genou. Donc il faut se dire, "non, je, je n'ai pas mal (Isabelle dirait "ah moi je suis une belle personne, où je suis résilient, où je suis ceci, où je suis cela"), non, le secret à moi, c'est quand même d'être dans l'instant, d'être vraiment... profiteur de l'instant. Je, je ne me projette jamais dans la suite, je ne me retourne pas sur ce qui a été fait, je me dis : bon, on est dimanche machin, tu as la chance d'être au marathon, le prochain est sans doute (alors avant je disais l'année prochaine, maintenant je dis ouais, dans 3 semaines), ah bon bah, profite de ton truc, parce que, tu as encore 3 semaines avant d'avoir le bonheur d'être à nouveau dedans. Et c'est vrai qu'on fait, on fait de l'endorphine, on en produit vraiment très très bien. Donc "hic et nunc", ici, ici, maintenant.

Amélie : Je trouve que quand tu commences à te poser, "mais qu'est-ce que je fous là ?" Ah non, c'est la cata. Tu pars en couille.

Ben : À tous les coups. Ah ouais, ouais, ouais. Non, il ne faut pas trop...

Amélie : Et qu'en plus il se met à pleuvoir, c'est comme si c'était la fin du monde. Et tu as des petits facteurs externes comme ça qui viennent te tuer ton mental. Que tu n'aurais jamais en situation euh normale.

Ben : Plus, plus tu pratiques, plus euh tu, tu arrives à... moi je dis de la course et de la méditation en mouvement.

Amélie : Ah, méditation de mouvement.

Ben : J'appelle ça de la méditation en mouvement. Donc tu es en mouvement, mais euh tu (enfin évidemment on pratique ça). Moi je fais pas mal de kilomètres. Euh, bon maintenant avec mon grand âge je mets euh 20 minutes pour être dans les endorphines, mais une fois que je suis dedans, euh au bout d'une heure je dis "ah flûte, ça fait on, on doit déjà s'arrêter, quoi". Une fois que tu es parti, au bout de 20 minutes on peut partir 2-3 heures tranquille avant de, avant de me poser les premières questions quoi. Donc il y a ce côté euh, tu sens ton corps, tu sens comment ça fonctionne, tu sens que ça produit et euh... ça déconnecte toi, hein. Donc euh.

Amélie : Mais c'est l'effet répétitif, hein, aussi. Enfin, je trouve...

Ben : Ah oui, oui, oui, oui. Oui il y a le, il y a la notion de rythme, également, enfin moi, j'ai je je joue pas mal de musique donc j'ai j'ai aussi les musiques dans la tête, le nombre de pas...

Amélie : Ouais.

Ben : Tu vois, enfin le tempo des pas, euh et cetera, et cetera. Donc oui, il y a un côté euh, il y a un côté méditatif et et plus tu y es habitué, plus ce côté méditatif te plonge rapidement dans cette capacité de de produire des endorphines et cetera, et cetera, aussi. Donc euh, ouais il y a un côté drogué, hein.

Amélie : Mais je trouve que... moi je vois beaucoup plus clair quand je cours.

Ben : C'est possible.

Amélie : J'ai tout le temps mes idées, tout ce qui est créa, c'est quand je cours.

Ben : Quand tu cours. Ouais.

Amélie : Du coup, c'est parfois difficile parce que j'ai tout le temps envie de m'envoyer des mails, puis je me dis "arrête". Mais je trouve que c'est, chaque fois que j'ai fini de courir, les idées sont claires, je sais ce que je dois faire, et j'ai mes idées.

Ben : Ben aussi on est focus, hein. Avec un peu de chance, tu déconnectes.

Amélie : T'as pas de bruit, quoi.

Ben : Il y a des gens qui courent en musique, moi pas, mais bon euh, après chacun euh chacun va chercher forcément ce qu'il... ce qu'il peut. Mais d'une manière ou d'une autre dans, dans un monde en... en néerlandais on dit prikkels, dans un monde qui qui te prikkels, tu vois, comment euh, qui te, où il y a des stimuli, mais c'est négatif, des stimuli négatifs, qui viennent tout le temps de partout, avoir des espaces, des cocons (alors peu importe la méditation, le yoga, la course, machin), enfin, avoir des cocons où on se retrouve avec soi-même et en paix avec ses propres pensées, euh, bah voilà c'est, c'est indispensable. La la nouvelle tendance dans chez les... les à à New York et à Londres, hein, c'est les c'est le marathon, machin, gna gna gna, mais bon, voilà ça, c'est peu peu peu importe le marathon, ce qui a pris pour le moment. Ce qui est ce qui est essentiel, c'est que dans un monde, quelque part, hyper agressif et qui te qui te stresse en permanence, avoir de l'espace pour se retrouver avec soi-même, euh autour de "pourquoi on fait les choses". Ça du sens, la question du sens, est évidemment essentielle quoi.

Amélie : C'est pour ça que tu cours ?

Ben : Moi j'ai toujours couru, la question du sens est venue euh, est venue progressivement. Moi je suis né en 67, je viens pas d'une génération où on nous équipait d'intelligence émotionnelle, hein. Euh tu, tu, tu découvres ça avec le temps. Je pense que les les les nouvelles générations sont sont probablement euh plus, mieux armées (hein, les les générations futures seront mieux armées en matière de santé mentale), mais dans un monde qui qui devient quand même très sollicitant et et particulièrement compliqué, euh, et sans doute anxiogène. Donc euh, enfin c'est un autre sujet hein, on pourrait déraper là-dessus, mais euh, voilà.

Amélie : Tu n'as jamais été euh tenté justement par les ultras ?

Ben : Alors j'ai, on a ses propres limites, hein. Moi je suis allé jusqu'à 69 avec euh 3000 et demi, j'ai fait la 6000D, j'ai marché, pas couru, euh trois fois des 100 km.

Amélie : Donc, pour ceux qui ne suivent pas, la 6000D c'est... ?

Ben : La 6000D, oui c'est 3500 positifs. Mais parce que dans le temps, c'était 3000, alors ça faisait 6000 en montée, 6000 en descente. C'est une course célèbre à La Plagne, qui se court, ce qui connaissent La Plagne, on part de la, d'en bas, Aime La Plagne, dans la vallée, et on monte au, au glacier de Bellecôte.

Amélie : Et puis on redescend ?

Ben : Et puis on redescend. Donc euh, voilà. Donc euh, oh, une course assez sympa. J'avais mis 12h30. Euh, j'ai fait 3 fois en marchant des 100 km, je suis allé jusqu'à 17h30. J'ai tenté ma chance à la CCC cette année, mais j'ai pas été, j'ai pas eu le dessert. Donc je fais un 77 à Verbier avec 5000 et demi, euh, voilà. Euh, j'ai fait l'année passée l'UTMB en off, c'est-à-dire qu'on est parti euh 5 jours avant l'UTMB et nous on faisait 30 km tous les jours en courant. Mais bon c'est pas... donc c'est 165 mais en 6 jours. Donc oui, j'ai, j'aime bien le long, mmm, mais il y a cette notion d'excellence, hein. Si on veut vraiment faire 165 en montagne, à un moment donné, il faut faire que ça. Enfin ou, ou en tout cas, ça doit occuper une grande partie de sa vie. Euh, moi je suis un épicurien, hein, je fais ça, j'ai un duo de de de guitare, euh je suis dans des boards euh, bah de de sociétés commerciales, mais aussi de sociétés à économie sociale. Je suis sur un projet de ferme de demain... Étant un peu touche-à-tout, euh, je suis pleinement conscient que si je voulais un jour faire un 165, ben il faut perdre 15 kilos dans mon cas, et euh il faut consacrer euh l'essentiel de sa vie à ça, quoi, évidemment. Et et je suis très, je suis content de faire plein de choses pas, pas trop mal, voilà.

Amélie : Ouais. Tu nous parles de ce projet de ferme de demain ?

Ben : "Ferme de demain", alors c'est un projet euh qui vient d'un d'un pote à moi, euh Benoît Noël, qui est ingénieur agronome. Et euh bah, qui est assez inquiet de toute une série de facteurs, hein. Euh le caractère très peu écologique de l'agriculture aujourd'hui, le les les salaires des agriculteurs, qui sont en général coincés, si vous voulez, dans le de une économie de l'industrie agroalimentaire, hein, la plupart des fermiers produisent les matières premières. Mais une ferme de 50 hectares, qui est la moyenne d'une ferme en Belgique, bah ça fait euh, 100, 150 000 balles de chiffre d'affaires, donc tu tu perds ta vie, enfin tu tu tu travailles mais tu gagnes pas ta vie avec ça. Donc des enjeux écologiques, des enjeux économiques, euh des enjeux géopolitiques aussi, hein. Si on devait nourrir l'Europe aujourd'hui avec les terres dont on dispose et la manière dont on s'alimente, c'est-à-dire, on mange beaucoup de viande, euh bah, on n'a pas les surfaces pour nourrir les gens. Et donc en gros le projet de de Benoît, c'est un projet important mais non urgent, c'est-à-dire qu'il y a personne, il y a personne qui l'attend. Mais le jour où ça nous tombera dessus, on en aura besoin. Et en gros son projet, il a inventé un nouveau modèle d'agriculture, qui n'est pas du maraîchage, qui est de l'agriculture végane euh sans intrant euh de type pétrole, et cetera. Je vais pas rentrer dans la technique, mais en gros, il il propose de transformer les fermes de 50 hectares en, ce qu'aurait pu devenir les fermes de nos grands-parents si elles avaient continué à évoluer depuis 70 ans. Donc des fermes multi-produits qui nourrissent localement la population, aussi bien en légumes, en protéines, en céréales, et cetera. Et donc, bah ce, ce, aujourd'hui, il a un petit site pilote, hein, de 2 hectares et demi, il y a un labo. Et en gros, le projet, pour le moment, bah c'est c'est de passer de la taille du labo à du 50 hectares. Ce qui nécessite aussi du financement, et ce qui nécessite surtout euh bah, de rencontrer des agriculteurs qui qui ont envie finalement de d'entrer dans ce qui sera sans doute l'agriculture de demain, mais euh ici on est euh, un peu avant-demain. Mais tout en ayant le couperet évidemment euh d'une agriculture qui est malade, hein. Il faut bien le dire, euh, on le voit euh, un peu partout, quoi. Donc voilà, donc je je l'ai essentiellement accompagné dans la l'écriture d'un livre blanc. Parce que ça, ça se pitche pas en 7 minutes. On a essayé. Et euh, donc on a fait un livre blanc d'une trentaine de pages qui explique effectivement bah la démarche, euh les opportunités, et et où on voudrait ou il voudrait aller avec ce projet. Donc un type d'activité qui fait qu'on ne fait pas des 165 bornes en montagne par ailleurs, voilà.

Amélie : Non, beau projet.

Ben : Absolument, ça un très chouette projet.

Amélie : Comment toi tu grandis ?

Ben : Bah sans doute en allant me nourrir de de toutes sortes de choses, hein. Je je crois que j'ai un côté, enfin, c'est très difficile de se définir, hein, parce que quand on se définit on se projette quelque part et on se projette sur une meilleure version. J'essaie d'être curieux, évidemment, hein, euh, euh, j'essaie d'être curieux, et j'essaie surtout de trouver du sens. Je pense qu'on est quand même une société, euh, sinon en perte de sens, euh en tout cas, dans lesquelles, ça peut partir dans toutes sortes de directions. Et et beaucoup euh... il faut s'en méfier, mais euh... voilà je je pense qu'il faut "faire société", euh, j'essaie d'avoir un rapport à moi-même qui est exigeant et respectueux. La même chose avec euh, avec mes potes, hein, je fais beaucoup... je fais, je fais très peu de choses seul, en fait, je suis pas mal de potes un peu partout. Et euh le même rapport finalement à la société et à la planète, hein, les les les fameux 3 P, hein : la Personne, les le le Public, et et la Planète. Ça me semble quand même euh ça me semble quand même essentiel euh, bah, dans un monde où euh, effectivement bah on voit que géopolitiquement ça part en... un espèce d'ultra-libéralisme qui a bien des qualités, mais, on va, je ne voudrais pas vivre aux États-Unis aujourd'hui. Euh voilà. Et et et le monde part quand même un petit peu dans des directions inquiétantes. Euh on verra les les élections en France en 2027. Euh... Donc donc "faire société", euh réfléchir pour nous-mêmes et pour les générations futures à euh, quelles, quelles valeurs transmet-on, quelles, quelle, quelle planète va-t-on laisser. Il me semble que dans tout ce qu'on fait, c'est euh essentiel. Donc des, des trucs comme les critères ESG qui qui étaient devenus une chose importante, et et qui semblent aujourd'hui en parenthèse, ça ça m'attriste un peu, et et et évidemment j'encourage toujours, et les entrepreneurs et les gens que je rencontre, à euh s'interroger sur pourquoi ils font les choses, et euh ce qu'ils veulent faire, transmettre, et laisser évidemment, en, pas en héritage, mais en tout cas en empreinte, sur euh, sur eux-mêmes, les autres et la planète, quoi.

Amélie : Tu lis beaucoup ?

Ben : Je ?

Amélie : Tu lis beaucoup ?

Ben : Pas trop. Euh, je lis un peu.

Amélie : Tu as des livres, des podcasts, euh, des sites à nous référencer, à part le tien ?

Ben : Non, pas le mien. Bah, écoute il y a un podcast que... que j'encourage tous les francophones un peu, un tout petit peu bilingues, à regarder, c'est l'excellent podcast Touché. Je sais pas si tu connais Touché ?

Amélie : Non.

Ben : Alors c'est, c'est... ça sort une fois par semaine. C'est un un podcast de la radio flamande, et euh, ils reçoivent, dans un format long, presque 2 heures, un invité chaque semaine. Alors c'est intéressant, parce que c'est un, de, c'est raisonnablement humaniste, mais quand même c'est assez ouvert, et ça donne l'occasion de rencontrer pas mal de BV, hein, de de Bekende Vlamingen, euh, bonne occasion de pratiquer le néerlandais. Mais euh, c'est un podcast assez sympa, où on, où on rencontre toutes sortes de gens, hein... Je me souviens euh, Monsieur Claes, euh, ex- euh ministre d'État, ex- euh patron de l'OTAN, et cetera, chef d'orchestre aussi. Donc euh, voilà. Controversé sur tout une série de... ha ha ha, on discutait... les hélicoptères Augusta, machin, et cetera. Mais on rencontre souvent la personne derrière, effectivement le... un format à la WIP, hein, mais euh, format de 2 heures. Les gens choisissent de la musique et cetera. Donc dans, dans le style format long, euh, je... Touché, de de Radio 1. Très, très, très bien.

Amélie : Je vais écouter.

Ben : Voilà. Bienvenue.

Amélie : Ben Ben, merci.

Ben : Merci à toi. Pour l'invitation. C'était agréable échange.