Épisode #6

Faire des pizzas pour le plaisir. Monter un business sans le savoir.

Avec Alexis Mestdag (Rocky’s Pizza)

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Comment lancer une chaîne de restaurants et ensuite une industrie de la Pizza ?

Alexis Mestdag n’avait pas prévu de monter une chaine de restaurants, encore moins de produire des Pizzas pour le retail !

Au départ, son goût de la cuisine le mène à ouvrir un premier restaurant avec son frère. Un resto, puis deux, puis quatre …

Tout ça, sans business plan initial. Sans rêve de grandeur.

Juste avec du bon sens, de l’humilité et beaucoup d’actions.

Après avoir fait le tour, il décide de partir en Italie pour apprendre à faire des pizzas !

Des pizzas faites maison, chez lui, pour le plaisir. Une expérience sociale, sans ambition commerciale. Mais quelque chose accroche. Les gens aiment. Il s'obstine.

Et cela devient Rocky's Pizza

Dans cet épisode de WIP Club produit par Jobloom, on parle de :

Croissance organique, de réinvention, de transmission des valeurs, de ce que ça change, quand un projet devient une entreprise.

Un épisode simple, brut, très vrai !

Comment contacter Alexis Mestdag?

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La retranscription du podcast, c'est par ici ...

(00:36) Amélie : Aujourd'hui, je suis en compagnie d'Alexis.

(00:39) Alexis : Bonjour, merci de me recevoir.

(00:41) Amélie : Bonjour Alexis. On ne se connaît pas encore, donc merci d'avoir accepté l'invitation à froid. Moi j'avoue, je suis cliente, fan, et donc je me suis dit : "Tiens, je vais l'inviter pour connaître un peu son parcours, ce qu'il fait et découvrir un peu ta boîte."

(00:59) Alexis : Super, un tout grand merci pour l'invitation.

(01:02) Amélie : Avec plaisir. Je vais peut-être te laisser te présenter ?

(01:06) Alexis : Oui. Alors je suis Alexis Mesdagh. J'ai créé Rocky's Pizza il y a maintenant 3 ans et demi. Ce sont des pizzas fraîches que l'on vend dans la distribution, dans les supermarchés comme Delhaize, chez des traiteurs, chez Cru, dans le bio chez Farm, et dans le food service aussi (clubs de padel, clubs de sport). Avant ça, j'avais lancé des restaurants avec mon frère et Jim Bogaert. On avait Takumi, La Meute et le bar La Famille. Et avant ça, je travaillais comme employé pour des grands groupes.

(01:46) Amélie : Et toi, comment tu es venu comme ça dans l'entrepreneuriat ?

(01:52) Alexis : J'étais employé et mon frère terminait ses études, il a huit ans de moins que moi. C'est vrai que je commençais un peu à m'embêter dans mon boulot et lui m'a dit : "Tiens, moi je n'ai pas envie de travailler pour quelqu'un, donc si tu es chaud, on pourrait lancer un truc." On s'est dit que le plus facile pour nous deux, c'était de se lancer dans la food. On a commencé à chercher des endroits et Arnaud a trouvé un super endroit à Flagey. On a commencé à lancer Takumi après avoir fait un voyage au Japon à deux pour s'inspirer, prendre des cours chez une chef japonaise à Londres. Et puis on s'est lancés avec pas grand-chose et à l'arrache.

(02:33) Amélie : C'est venu d'où cette idée de créer un truc dans la food, d'aller au Japon, en Angleterre ? C'est quand même assez puissant.

(02:41) Alexis : C'est grâce entre autres à notre mère, parce qu'elle donnait des cours de cuisine. Donc on a toujours été portés par la nourriture. Et puis nos parents nous ont aussi beaucoup fait voyager, donc on avait ce goût du voyage, de la découverte. La nourriture vient de notre maman et les voyages et la découverte de notre éducation.

(03:04) Amélie : Et donc vous vous êtes dit : "Ça y est, on y va, on n'a pas peur, on se lance" ?

(03:09) Alexis : Pas peur, il faut vite le dire, mais il fallait bien se lancer ! On a trouvé cet endroit qui ne coûtait pas trop cher, on a mis nos économies et on a fait ce qu'on pouvait. On a beaucoup travaillé et c'était une super expérience au final. On s'était dit : "C'est maintenant ou jamais." C'était en 2014. Donc on a vraiment commencé à l'arrache, avec des tout petits fours, on devait tout faire à la main, couper tous les légumes à la main, on n'avait pas de robot-coupe, on n'avait rien. On a perdu, je crois, 8 kilos en un mois tous les deux. On faisait deux mises en place par jour parce qu'on n'y arrivait pas à en faire une seule, et on rectifiait les recettes s'il fallait entre le service du midi et le service du soir pour arriver à la carte finale. Au début, c'était beaucoup de travail, mais c'était vraiment une expérience fantastique.

(04:16) Amélie : Mais il y avait cette satisfaction de bosser pour vous ?

(04:22) Alexis : Bosser pour soi, c'est beaucoup de pression, mais c'est aussi beaucoup de plaisir. On sait pourquoi on le fait. Quand on a des bons retours — et on a eu cette chance d'avoir des bons retours — c'est sûr que c'est hyper gratifiant et ça motive. Quand on voit que ça fonctionne, c'est très gratifiant. Mais on ne le fait pas seulement pour flatter son ego, on le fait pour avoir un projet et faire en sorte que ça marche.

(04:51) Amélie : C'est quoi ton "drive" ?

(04:55) Alexis : C'est une bonne question à laquelle je n'ai jamais vraiment réfléchi. En fait, je crois que notre drive, c'est un peu se surpasser, c'est de faire plaisir aux gens avec nos produits. Il n'y a rien de plus satisfaisant que d'avoir des clients satisfaits. Et puis c'est de corriger ce qu'on peut corriger pour nos clients, et aussi apprendre. Je pense que le drive d'apprendre constamment est fantastique. Et puis de créer aussi. On a créé plusieurs concepts et en fait, c'est gai de les créer, puis de les développer, faire en sorte que ça marche, puis passer à un autre si on a la possibilité.

(05:37) Amélie : Tu aimes le côté "early stage", vraiment développer et croissance ?

(05:41) Alexis : J'aime beaucoup le côté early stage, oui. Et après, maintenant avec Rocky's, on apprend la suite du early stage. C'est vraiment plus croissance et développement. On l'avait fait sur Takumi, mon frère l'avait fait sur La Meute, mais on était restés encore à une échelle de trois restaurants Takumi et trois La Meute. Là maintenant, on essaie de passer non plus de 1 à 10, mais de 10 à 20. C'est une façon de parler. Je pense qu'il y a des personnes qui sont bonnes pour construire le early stage et puis passer à l'étape suivante, ce sont peut-être d'autres personnes plus qualifiées. Mais pour ça, nous on se fera aider s'il faut. C'est un apprentissage constant.

(06:37) Amélie : Et donc Takumi... vous vous êtes dit "on n'en a pas assez, on en veut plus" ?

(06:43) Alexis : C'est un peu ça. On s'est dit : "Qu'est-ce qu'on va faire ? Ça marche bien, on va essayer de faire un bon bilan, on va arriver avec ce bon bilan chez notre banquier, lui demander s'il nous prête pour un deuxième endroit." C'est arrivé. On a fait le premier à Flagey, le deuxième était à Jourdan. C'est prêt, c'est assez facile à gérer. Au début, tous nos restaurants étaient sur une ligne droite : Flagey, Jourdan et puis Bailli. Il y en a juste eu un qui était rue de Flandre, mais ça c'était plus compliqué à gérer parce que c'était dans une autre boucle. C'est peut-être pour ça que dans celui-là, on a mis moins d'énergie et qu'il tournait un peu moins bien que les autres.

(07:31) Amélie : Donc c'était trois fois le même concept Takumi ?

(07:33) Alexis : Takumi, trois fois le même concept, une cuisine centrale à Jourdan qui dispatche toute la production partout dans les restaurants.

(07:41) Amélie : C'était pas trop près justement Flagey - Jourdan ? C'est juste à côté.

(07:44) Alexis : C'est vrai que c'est juste à côté, mais c'est un public vraiment différent et à différentes heures. Flagey marche beaucoup mieux le soir, Jourdan beaucoup mieux le midi avec les personnes de la Commission. Donc non, c'était vraiment différent, ils ne se marchaient pas sur les pieds. Le troisième était rue de Flandre, ça c'est un autre public, une autre manière de fonctionner.

(08:16) Amélie : Et donc j'imagine après le premier resto, vous vous êtes dit "on grandit, on crée une cuisine centralisée" ?

(08:21) Alexis : On crée une cuisine centralisée pour être plus efficient, plus efficace. C'est venu avec le deuxième restaurant exactement. On cherche à rentabiliser au maximum, à être le plus efficace possible. Tout était standardisé, pesé au gramme près, chronométré pour les cuissons, etc. Donc c'était assez bien structuré.

(08:50) Amélie : C'était une cuisine propre au restaurant ou c'était partagé ?

(08:52) Alexis : C'était une cuisine propre au restaurant, tout à fait. Il y en avait une à l'époque à Bruxelles, je ne sais pas si elle existe toujours, mais j'avais été visiter. C'était juste trop petit avec le partage et un peu compliqué pour nous, mais je trouve que c'est une super idée, ces cuisines partagées, ça permet aussi de se lancer à moindres frais.

(09:23) Amélie : Et donc c'était livré dans chacun de vos trois restaurants, froid, sous vide ?

(09:30) Alexis : Exactement, on avait une camionnette qui faisait la livraison après la mise en place des trois restaurants.

(09:37) Amélie : Et puis après vous avez continué avec un autre concept de resto ?

(09:41) Alexis : Exactement. Le premier La Meute à Flagey, c'était le voisin du Takumi. C'était un petit café portugais et le propriétaire a dit à mon frère : "Si tu veux, moi je vais remettre, donc si ça vous intéresse, je te préviens en premier." Avec Arnaud, on a réfléchi, on s'est dit tant qu'à avoir un voisin, autant que ce soit nous-mêmes. On allait trouver une autre idée. On était déjà sur le deuxième restaurant Takumi et Arnaud avait une idée avec son ami d'enfance, Jim Bogaert, de faire un restaurant de viande. On s'est lancés, et c'est surtout Jim qui a encadré le lancement et les travaux de La Meute. Arnaud et moi, on a apporté notre expertise qu'on avait déjà, et Jim avait d'autres super expertises, donc ça faisait un bon match.

(10:51) Amélie : Et du coup là, la cuisine partagée intervenait aussi ?

(10:54) Alexis : Non, la cuisine n'était pas partagée. Là, c'était toujours concept de viande, assez simple, carte courte, viande pas trop chère, frites faites maison et c'est tout. Et un gâteau fait par notre mère chez elle ! La cuisine est minuscule donc il n'y avait pas énormément de mise en place à faire.

(11:19) Amélie : J'ai découvert La Meute récemment, il y a deux-trois mois, j'ai été manger à Waterloo.

(11:24) Alexis : Ah oui, tout à fait. Ils ont très bien fait ça. Moi j'en suis sorti, mais eux ont continué à développer La Meute, Jim et Arnaud, et ils ont très bien fait ça avec Saint-Job et le très beau restaurant à Waterloo.

(11:38) Amélie : Donc deux concepts, six restos.

(11:41) Alexis : Deux concepts. Moi quand j'étais dedans, ça faisait quatre restaurants plus le bar La Famille. Parce qu'on a reçu des opportunités de lieux avec InBev. On a été voir plusieurs lieux et il y avait ce bar rue du Bailli. On s'est dit : "Bon ben, on n'a jamais fait de bar, on va essayer." Et donc on a réhabilité ce bar qui marchait déjà bien avant. On a tout redécoré, refait la carte et puis lancé ce bar en même temps que les autres restaurants. C'est encore un autre métier. Ça se termine très tard et la cuisine centrale ouvre assez tôt. Donc quand il faut enchaîner, c'est compliqué.

(12:26) Amélie : Et pourquoi justement se dire "tiens, maintenant on va sur le bar" ?

(12:32) Alexis : Je pense que c'est par opportunité. C'était une belle opportunité et puis on aime bien les challenges. On s'était dit : "Un bar, c'est sympa, on n'a pas encore fait", et on a envie de voir ce que ça donne. Donc on s'est lancés par goût du challenge et l'envie de créer un chouette lieu.

(12:57) Amélie : Et après vous avez décidé de sortir ?

(13:01) Alexis : Alors avec Takumi, on a eu une opportunité de vendre les trois lieux en une fois. Donc on est sortis, Arnaud et moi, de Takumi. Moi à ce moment-là, j'avais des enfants en bas âge et du coup je ne dormais pas beaucoup, j'étais assez insupportable. La vie avec le bar et le restaurant, ça devenait assez compliqué pour moi. Donc je suis sorti de La Famille et de La Meute. Je voulais relancer un autre restaurant plus tard. À ce moment-là, il y a eu le Covid.

(13:36) Amélie : C'était pas plus mal de sortir avant, hein ?

(13:38) Alexis : C'était pas plus mal, c'était pas mal de chance. Mais j'avais booké des mois à l'avance un cours pour apprendre à faire des pizzas à Rome et un autre à Naples, dans une des meilleures écoles. Le coup de voyage était de retour, j'avais envie d'apprendre à faire des pizzas. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais j'avais envie d'apprendre.

(14:03) Amélie : Et entre-temps, tu avais eu de nouvelles envies comme ça ? Ou tu t'es dit "non, maintenant on développe" ?

(14:09) Alexis : On avait développé, développé, et puis ça s'est arrêté. Moi je suis sorti et là je me suis posé la question : "Bon, maintenant il faut retrouver quelque chose." Relancer un restaurant, c'était compliqué vu la période du Covid. Les banquiers m'ont dit : "Tu peux relancer, mais tu mets ta maison en hypothèque." J'ai dit "Bof". Donc je suis allé faire ces pizzas à Naples et à Rome. En revenant, je n'avais pas spécialement d'idée. Je me suis dit : "Je ne vais pas relancer une pizzeria, je ne vais rien apporter de mieux que ce qui se fait déjà." Par contre, je me suis dit : "Pourquoi il y a un gap entre ce que j'ai appris à Naples et les pizzas surgelées ?" J'ai commencé à travailler, j'ai acheté un four à pizza pour chez moi. J'ai fait des tests de pizzas surgelées encore et encore. J'ai goûté tout le rayon congelé ! Je les ai fait goûter à tout le monde. Et puis quelqu'un m'a dit : "Ouais mais ça c'est une chouette idée, et si tu veux la lancer, nous on serait prêts à investir." Ça m'a donné l'envie d'aller plus loin dans ce projet.

(15:24) Amélie : C'était un désir déjà ou c'est vraiment le hasard ?

(15:31) Alexis : C'était un désir parce que j'aime bien faire tester les produits que je crée. C'est un plaisir de tester jusqu'à ce qu'on arrive à ce qu'on veut. J'ai été voir des potentiels futurs clients, je leur ai demandé s'ils seraient intéressés. Je me suis fait un petit carnet avec plusieurs futurs clients et puis on s'est dit "On va lancer". À ce moment-là est arrivée la crise énergétique. Et tous les clients m'ont dit : "Écoute, les pizzas surgelées, c'est mort. Nous, si on peut débrancher les surgélateurs, on le fera. Et en plus, tu as un beau concurrent qui s'appelle Dr. Oetker qui prend une place incroyable dans les rayons. Par contre, est-ce que tu ne sais pas faire des pizzas fraîches ?"

(16:35) Amélie : Pizzas fraîches, c'est une autre gestion au niveau de la DLC (Date Limite de Consommation).

(16:44) Alexis : Et puis finalement, comme tout le monde me demandait si je faisais des pizzas fraîches, je me suis dit : "Il n'y a personne pour le surgelé, je vais faire des pizzas fraîches." Et puis ça s'est lancé comme ça, d'abord dans le bio et puis après dans le conventionnel.

(17:01) Amélie : Tu as engagé quelqu'un expert food pour t'accompagner ?

(17:04) Alexis : Non, personne. Au début, dans l'atelier, j'étais tout seul. Donc je cuisais les pizzas, je les défournais, je les faisais refroidir, je re-cuisais des pizzas, puis je les garnissais. C'était l'enfer. Je ne dormais pas, même si je n'avais pas encore beaucoup de clients, c'était beaucoup de boulot. Puis j'ai engagé un premier pizzaiolo, puis un deuxième, puis une personne pour garnir. Et puis maintenant, on est dix.

(17:28) Amélie : Et comment tu es parvenu, au niveau de la conservation de la pizza, à dire "OK, maintenant je crée ça et c'est valable pendant un mois" ?

(17:44) Alexis : Je me suis fait aider par un laboratoire pour faire les tests microbiologiques. Ils m'ont donné des conseils sur la conservation. Moi je ne voulais pas mettre de conservateurs. Donc on ne met pas de conservateurs dedans, on les met sous vide et on rajoute juste du gaz alimentaire qui permet une conservation un peu plus longue. Après, je pourrais la garder encore plus longtemps au niveau de la conservation, mais le problème c'est que le produit se dégrade. Même s'il n'est pas mauvais à consommer, au niveau texture et autre, ce ne sera pas optimal. Donc il faut choisir un juste milieu.

(18:21) Amélie : Alors moi je suis l'anti-cliente parce que je les achète et je les congèle !

(18:26) Alexis : Mais c'est parfait, il y a plein de clients qui font ça. Comme on ne fait qu'avec des produits frais, il n'y a aucun problème à la congeler après derrière.

(18:37) Amélie : Et donc maintenant vous êtes dix ?

(18:40) Alexis : Exact. Donc on est dans un atelier à Tubize qui fait 250 mètres carrés où on est arrivés aux limites de capacité de production. On produit entre 1200 et 1400 pizzas par jour. Donc c'est pas mal. Et puis pour les grosses commandes, des fois on commence beaucoup plus tôt, à 3h du matin s'il faut. De nouveau, on ne dort pas beaucoup, mais ça arrive moins souvent qu'avant parce qu'on est quand même mieux organisés. Mais on est vraiment aux limites de la capacité de l'endroit. On n'a plus de capacité électrique, on n'a plus de place. Donc on cherche à déménager dans plus grand. C'est un bon problème, effectivement.

(19:28) Amélie : On a deux sujets assez importants quand même. Le restaurant, c'est le service. Là tu es passé sur du produit. Il y a des choses que tu as découvertes ? Moi j'ai fait la même chose mais dans des domaines totalement différents (service recrutement puis produit technologique) et je me souviens qu'il y a 3 ans mon board me disait "c'est complètement différent" et moi je ne voyais pas. Avec toute ma naïveté, je me disais "bah oui c'est autre chose mais je ne vois pas les limites". Maintenant je le découvre. C'est la même chose dans ton domaine ?

(20:01) Alexis : Moi aussi, assez naïvement, je pensais que ce serait exactement la même chose, qu'au final c'est faire à manger. Et en fait, il y a quand même pas mal de différences. Au niveau de la conception du produit, en soi c'est assez similaire. C'est juste que maintenant on le fait dans des plus grands volumes et qu'il y a plus de normes à respecter. Et on ne les mange plus tout de suite, et on n'a pas le feedback direct des clients. Dans un restaurant, on a le contact clientèle qui est très agréable et qui nous permet de faire évoluer le produit assez rapidement. On voit vite si ça marche ou pas. Ici, on a des contacts clients mais qui sont des intermédiaires au final. Donc on va avoir Delhaize, on va avoir des traiteurs. On essaie de faire remonter le plus d'informations possible mais c'est pas direct. Du coup ça c'est assez compliqué je trouve à gérer. Mais il y a des solutions pour avoir des feedbacks. Ça, c'est vraiment différent pour faire évoluer le produit et s'adapter à la demande du client rapidement. Et puis il y a toutes ces normes qui sont beaucoup plus strictes dans la production alimentaire.

(21:40) Amélie : Ton frère est avec toi dans l'aventure ?

(21:44) Alexis : Alors au début non, j'ai lancé tout seul. Et puis à un moment, moi j'ai atteint mes limites. Lui et moi, on est assez différents et complémentaires. Du coup j'ai réfléchi à faire rentrer quelqu'un et en fait je me suis dit que la meilleure personne à faire venir, c'est mon frère. Parce qu'on a déjà travaillé ensemble, on sait à quoi s'attendre, on connaît nos forces. Donc je lui ai demandé si lui voulait venir rejoindre Rocky's Pizza. Il n'avait pas encore beaucoup de temps pour, donc il est arrivé au fur et à mesure, mais le projet l'emballait. Il a commencé tout doucement à avoir fait le tour des restaurants et donc il s'est engagé à mi-temps et puis maintenant full time dans le projet. Lui est beaucoup plus commercial que moi. Il parle beaucoup plus facilement que moi aux clients. Donc lui est beaucoup plus sur l'aspect commercial et aussi achat marchandises. Et moi je suis plus axé production.

(22:54) Amélie : Tu parlais donc de 1 à 10 ou 10 à 20. Donc aujourd'hui vous êtes 10 ? L'objectif c'est de passer à 20 ?

(23:03) Alexis : Exactement. Donc pour ça on va aussi, je pense, se faire aider parce qu'on a besoin d'apprendre pour l'étape suivante. Et donc on va se faire aider et encadrer dans le développement du futur pour faire grandir la société. Je pense que c'est bien nécessaire au niveau financier, au niveau management, au niveau ressources humaines, tous ces points-là. Parce que c'est un apprentissage constant et il ne faut pas avoir peur de se faire accompagner et aider par un CEO éventuellement, ou par qui est nécessaire dans la boîte.

(23:51) Amélie : Et la croissance ? Aujourd'hui vous êtes dans tout ce qui est Delhaize, etc. C'est quoi ? C'est continuer à développer le marché belge, international ? Vous avez un drive, un objectif ?

(24:05) Alexis : Alors nous, on veut continuer à développer avec Delhaize entre autres, parce qu'on est en ce qu'ils appellent DSD (Direct Service Delivery), donc c'est nous qui les livrons directement. On va voir chaque indépendant un par un et on choisit les Delhaize dans lesquels on veut aller. On ne passe pas par la centrale. C'est chaque Delhaize qui nous commande indépendamment.

(24:32) Amélie : Mais il y a eu d'abord une approbation de la centrale ?

(24:34) Alexis : Exactement. Il y a d'abord approbation de la centrale. Ils nous demandent : "Est-ce que vous savez livrer en centrale ?" Bon ben nous on ne savait pas livrer en centrale parce qu'on est trop petits. Et donc ils nous ont dit : "Bon ben alors voilà, vous pouvez aller choisir des Delhaize, c'est vous qui les approchez, c'est vous qui les livrez et c'est eux qui vous commandent en direct et on facture via la centrale."

(24:51) Amélie : C'est quoi les tailles minimales justement pour être dans la centrale ?

(24:57) Alexis : Je ne saurais pas dire exactement. Je sais qu'il faut juste savoir être capable de livrer tous les Delhaize de Belgique, je pense. Donc ça fait un sacré volume.

(25:09) Amélie : C'est pas le gap entre aujourd'hui et... ?

(25:11) Alexis : Non, ça je ne saurais pas dire le gap que ça représente parce qu'un Delhaize n'est pas un autre. Il y a des Proxy, des plus petits, des plus grands. Nous, on est principalement sur la région bruxelloise et sa périphérie, dans le Brabant wallon aussi. Là on a commencé un Delhaize à Anvers parce qu'on veut continuer à s'étendre, mais on est limités toujours par la capacité de production. Et puis il y a d'autres clients que Delhaize dans lesquels on voudrait grandir. On veut encore grandir dans le food service : tout ce qui est hôtels, clubs de sport. Je pense qu'il y a encore beaucoup de choses à faire là-dedans. Et puis après il y a d'autres clients comme des Spar. Et je pense qu'à un moment on voudrait clairement essayer de s'exporter. Tout à fait.

(26:16) Amélie : C'est rentable ?

(26:18) Alexis : Là on a atteint la rentabilité, oui. Au bout de 3 ans.

(26:28) Amélie : La rentabilité dépendait de l'investissement dans l'atelier et du personnel, j'imagine ?

(26:33) Alexis : Oui, c'est au niveau du coût du personnel, au niveau des investissements dans l'atelier. Après les investissements au début, c'était des investissements qui étaient plus ou moins similaires à un restaurant. Mais maintenant qu'on veut augmenter les capacités de production, en fait, j'ai appris qu'il n'y a pas vraiment de machine pour faire de "l'entre-deux". Donc c'est soit on est petit, soit on est grand. Entre les deux, il faut composer. On passe direct à 30-40 [mille]. On va nous proposer une machine à mettre sous vide, elle va coûter 11 000 euros. Et puis quand on demande la machine supérieure, eh ben on va nous dire : "Ben c'est 100 000". Donc on va savoir comment la financer, mais c'est ça qui rend un peu plus complexe la chose.

(27:19) Amélie : Aujourd'hui vous avez des investisseurs ?

(27:21) Alexis : Aujourd'hui on a des investisseurs, tout à fait. Et un board.

(27:31) Amélie : Et donc tu disais que tu aimes bien le côté vraiment "early stage". Là donc c'est plus la croissance. Tu as des a priori ou justement tu es excité de te dire "voilà c'est une autre phase, j'ai envie de grandir" ? C'est quoi ton mindset ?

(27:44) Alexis : Mais moi j'aime bien le challenge. Donc mon mindset c'est que je vais être challengé dans ce projet. Et puis il y a encore tellement de choses à faire que je pense que d'une certaine manière, il y a la croissance, mais il y a d'autres parties où on est encore très early stage. Par exemple, faire connaître la marque, créer une image de marque. Tout ça, on n'a quasiment rien fait. On n'a pratiquement pas d'Instagram, on n'a pas de site web, on n'a rien. Tout ça, il faut développer. Quelle image on veut donner de Rocky's ? Tout ça c'est vraiment early stage encore et ça c'est un super challenge à faire. Et puis il y a plein d'autres choses dans la croissance qui vont être intéressantes pour nous et challengantes. Et je pense que c'est ça qu'on aime, c'est être challengé et pas juste profiter du moment présent, mais juste continuer à apprendre et se développer comme ça.

(28:44) Amélie : Vous avez une ambition ?

(28:47) Alexis : Pas spécialement comme ça. On n'a pas de target au niveau ambition personnelle. Au niveau business plan de l'entreprise, ça on en a. On sait où on veut aller. On a des chiffres régulièrement chaque année sur quel est le business plan pour l'année suivante et pour les 2-3 années à venir. Donc ça oui, on sait où on va. Après personnellement, on va aller le plus loin qu'on peut, quoi.

(29:21) Amélie : Comment toi tu grandis, tu te développes ? Tu lis, tu écoutes des podcasts, tu voyages ?

(29:28) Alexis : Alors on est très curieux. Mon frère et moi, on aime bien tester des nouveaux endroits, on aime bien voyager. Déjà quand on avait les restaurants, on se faisait des trips où on allait par exemple à Paris ou à Londres et on enchaînait les restaurants pendant une journée. C'est très sympa de découvrir des nouveaux lieux. Après, des fois, on poussait ça au maximum. Donc ça veut dire qu'on pouvait faire six restaurants sur la journée. On va prendre un petit truc à manger dans le premier, puis on enchaîne directement. Donc on en fait trois à midi, on en fait encore trois le soir. Après on ne sait plus rien avaler, mais au moins on a été voir chaque concept, savoir ce qu'ils font goûter. Donc ça, on est très curieux. Ça nous fait nous développer, avoir des nouvelles idées. Et puis après, moi je lis et j'écoute des podcasts, je lis la presse économique. On est dans le Réseau Entreprendre, on essaie d'échanger un maximum. Du coup on est assez, oui, je pense que ça part de la curiosité et de la volonté d'apprendre et de se challenger constamment et de se poser des bonnes questions.

(30:46) Amélie : Super. Ben Alexis, merci.

(30:48) Alexis : Pas de rien. Merci à vous.

(30:49) Amélie : À très bientôt.

(30:50) Alexis : À très bientôt.